Les multinationales au banc des accusés

Des firmes suisses, allemandes et américaines, accusées d’avoir soutenu l’apartheid, sont assignées à comparaître au tribunal de New York. C’est le tonitruant avocat Ed Fagan qui représente les cinq familles des victimes qui ont décidé de porter l’affaire en justice.

C’est ce vendredi que le très médiatique avocat américain Ed Fagan déposera officiellement plainte devant la Cour de New York, au nom des cinq plaignants sud-africains, contre les multinationales  » ayant collaboré  » avec le régime de l’apartheid. Au banc des accusés : IBM, Deutsche Bank, Dresdner Bank, Commerzbank, UBS, Crédit Suisse, Royal Dutch/Shell et Citicorp. La liste peut être amenée à s’allonger. L’équipe d’avocats, chapeautée par Ed Fagan, a décidé d’attaquer les multinationales là où ça fait mal : financièrement. La partie civile exige des réparations allant de 50 à 100 milliards de dollars pour  » le sang et la misère « . Les compagnies sont accusés d’avoir soutenu le régime raciste blanc pendant des années au mépris de l’embargo anti-apartheid. Et d’avoir fait des affaires juteuses via Le Cap alors que la communauté internationale cherchait à marginaliser l’Afrique du Sud.

Sang, misère et billet vert

L’un des plaignants, Sigqibo Mpendulo, 63 ans, affirme au Daily Mail and Guardian qu’il attend que justice se fasse depuis le 8 octobre 1993. Ce funeste matin, il a découvert, en rentrant chez lui, ses deux jumeaux, âgés de 14 ans, et trois de leurs amis abattus par les Forces de défense sud-africaines. A la télévision, un communiqué de la Défense annonce triomphalement que l’armée a mis hors d’état de nuire cinq dangereux terroristes.

 » Nous voulons des réparations de ces compagnies internationales et de ces banques pour le sang et la misère de nos pères, mères, frères et soeurs « , explique Dorothy Molefi, la mère de Hector Peterson, assassiné en 1976 par la police à Soweto alors qu’il n’avait que 13 ans.

L’avocat new-yorkais s’est illustré par le passé en défendant les descendants d’esclaves américains contre les multinationales et les survivants de l’Holocauste. A chaque procès, les dédommagements demandés par Ed Fagan dépassent le milliard de dollars.