Les mines tuent encore au Mozambique

Les mines antipersonnel tuent ou mutilent cent personnes au Mozambique par an. Les démineurs, payés 1750 FF par mois, tentent de désamorcer ces sentinelles éternelles.

 » La semaine dernière, deux filles ont sauté sur des mines à leur sortie d’école, à Fuhalarao. Dix ans après la guerre, les mines continuent de tuer et d’amputer des civils ! « , s’indigne Nicolas Bordet, directeur de programme de Handicap international au Mozambique. Environ cent personnes sont victimes, chaque année, de ces  » sentinelles éternelles « . A Maputo, Nicolas Bordet fait un recensement macabre. Il ne se passe pas de semaine sans qu’une explosion ne parvienne à ses oreilles. Le Mozambique a connu une guerre civile de 18 ans qui s’est achevée en 1992. Aujourd’hui, le pays est relativement stable et démocratique, mais au bord du gouffre économiquement. C’est un des pays les plus pauvres du monde.

Job : démineur professionnel

 » Plus de 50 % de notre budget est consacré au déminage. Il existe actuellement entre 350 000 et 500 000 mines éparpillées dans tout le pays. Nos équipes procèdent tous les jours à la neutralisation de ces mines mais la tâche est immense « , avoue Nicolas Bordet. Handicap international a engagé 45 démineurs professionnels.  » La plupart sont des civils ou d’anciens militaires « , précise Nicolas Bourdet. Répartis en quatre équipes, les démineurs, après découverte de champs de mines par d’autres équipes spécialisées, quadrillent tout le Mozambique, un pays deux fois plus grand que la France. Une équipe s’est rendue cette semaine à Fuhalarao pour éviter un autre drame aux écoliers.

Le salaire de la peur. Le métier de démineur est très dangereux.  » On déplore des accidents au Mozambique mais, pour l’instant, aucune personne d’Handicap international n’a été blessée « , précise Nicolas Bourdet. Les démineurs perçoivent un salaire de 250 dollars, soit cinq fois le salaire d’un cadre moyen mozambicain. Cependant, d’autres organisations, essentiellement privées, paient leurs démineurs moins de 100 dollars par mois.

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Informer. Les associations ont d’énormes difficultés pour faire parvenir les informations aux personnes handicapées.  » Il y a des handicapés qui ne savent pas qu’ils ont droit gratuitement aux fauteuils roulants. Les campagnes d’information ne touchent pas toute la population. Les habitants des campagnes reculées n’ont pas accès à ces données « , s’irrite Nicolas Bourdet. Expert comptable de formation, le directeur de programme Mozambique de Handicap international s’est retrouvé dans l’humanitaire par hasard mais ne veut plus quitter cet univers :  » Je m’imagine mal dans un bureau d’expertise comptable. Ma place est là où les gens ont besoin d’aide, en Roumanie comme au Mozambique « .

Le monde associatif est très balbutiant au Mozambique. Jeune, inexpérimenté, et surtout non habitué à évoluer en démocratie, le tissu associatif n’a pas encore de prise dans la société mozambicaine. Cela explique ses difficultés à relayer des informations sur les mines antipersonnel et sur la gratuité des appareils orthopédiques. Mais cela n’entame ni la fermeté de ses engagements, ni son utilité dans la lutte contre les mines !