Les meubles magiques du roi Balthazar

Balthazar Faye, Sénégalais de 37 ans, est un prince du design. Ses meubles sont chaleureux, lumineux et inspirés. Il se joue des matériaux, malaxe, façonne, fond, polie. Un univers créatif à découvrir.

Balthazar Faye est un designer étonnant. Se frottant aux cultures et aux matériaux avec aisance et naturel, ce jeune sénégalais de 37 ans a su s’affranchir d’une formation très classique – les Beaux Arts puis les Arts Décoratifs à Paris – et créer des meubles à son image : épurés, sereins et beaux.

C’est en faisant du volume que Balthazar est venu aux meubles. Il avoue n’avoir aucune règle et part aussi bien d’une forme que d’une fonction lorsqu’il invente ses objets.  » C’est intéressant de se laisser guider par la matière, de ne pas connaître le résultat « , explique-t-il. Son appartement parisien regorge de prototypes, tous plus intéressants les uns que les autres. Pour l’instant, les pièces sont uniques ou ne dépassent pas les huit exemplaires.  » J’aimerais faire une grosse série mais les industriels et les distributeurs sont frileux. Ils sont durs à convaincre.  »

Métal de récup’

L’une de ses chaises est étonnante :  » J’ai utilisé du  » flexiply « , un contre-plaqué avec une bande de tissus au milieu, qui a un aspect mou. On peut lui donner la forme que l’on veut. Je ne voulais pas utiliser de la colle ou des vis pour l’assemblage. Ce dernier tient par les liens que j’ai rajouté. Les trois côtés de la chaise sont bombés, ce qui donne sa rigidité à l’ensemble.  » Il fallait y penser.

Très à l’aise avec le bois, Balthazar est un touche-à-tout curieux et sensible. » J’essaie d’utiliser les matériaux différemment « . La résine, le fer forgé ou le contre-plaqué d’aviation sont passés entre ses mains. Balthazar travaille aussi la récupération. De vieux mortiers se transforment en cache-pots et ses petits bougeoirs en bronze prennent forme dans du métal de  » récup’  » fabriqué au Sénégal.  » Un mélange de laiton et de cuivre que les artisans refondent dans le sable. Un four est improvisé : on creuse un trou dans la terre, on y met des braises et on fond le métal « .

Grand Yoff

Balthazar Faye veut montrer de quoi sont capables ces artisans, sans moyens mais avec du savoir-faire à revendre.  » Souvent, une fois sur place, il faut improviser. J’ai beau arriver avec mes plans, mes dessins, ça ne sert à rien car ils n’ont pas la même lecture que moi.  » Pour la structure métallique de son fauteuil,  » Grand Yoff « , Balthazar souhaitait un  » aspect brut, un peu raté. Je voulais un fil de bronze un peu déstructuré, avec comme des coulures de bougies. On a creusé des rigoles dans le sable pour fondre le métal à même la terre. On l’a ensuite retravaillé.  »

Sur place – au Sénégal ou en Côte d’Ivoire -, il arrive à faire travailler sur un même objet des corps de métiers qui ne se fréquentent pas habituellement.  » Au Mali, un forgeron ne touchera jamais le bois. C’est tabou. Ou bien encore, certains modèles de poteries sont réservés aux femmes. Toi tu arrives, tu es polyvalent et tu mélanges tout. Au début, on se moque de toi « , sourit-il.

Balthazar teste, goûte, tâtonne, cherche. Et trouve. Dans un coin de son salon, un drôle de fauteuil habillé d’une culotte corsetée.  » Pour le dossier j’ai utilisé des bandes de mousse expansée. La mousse sort de la bombe, gonfle et durcit. On s’en sert généralement pour les joints des fenêtres. Ca m’a fasciné.  » A l’intérieur : une armature en métal, du grillage à losange très fin utilisé par les paysans, le  » grillage à poules « .

Faire confiance à la matière

Mais le jeune désigner n’hésite pas à utiliser aussi des techniques modernes, notamment dans la réalisation de ses lampes.  » Une machine numérique découpe mes dessins directement sur la planche. Je fais un négatif, un positif et je glisse le fils de la lampe au milieu. Cette technique a déjà été reprise par d’autres créateurs.  »

Ses créations tendent à l’épure.  » Avant, je découvrais le façonnage. Je mélangeais la peinture – que je pratique encore car elle m’aide à faire des meubles et vice-versa – mais je me suis rendu compte que cela donnait soit de la mauvaise peinture soit des mauvais meubles. Je fais suffisamment confiance à la matière pour ne rien rajouter.  » Il se tourne également vers plus de fonctionnalité :  » Je considère qu’un meuble n’est pas fini tant qu’il n’est pas utilisé. Il ne faut pas que l’objet soit trop présent mais qu’il soit complètement intégré à l’intérieur de la personne, qu’elle n’ait pas peur de s’en servir.  »

Inspiré et créatif, Baltazar Faye promène ses meubles de galeries en expositions, de bars en événements. Il n’a pas fini de faire parler de lui.