Les médicaments algériens fiévreux

Le ministère de la Santé algérien intensifie depuis quelques mois sa politique d’encouragement à la production nationale de produits pharmaceutiques par la restriction à l’importation. Les professionnels du secteur affirment pourtant que le ministère fait tout pour empêcher l’essor des producteurs nationaux.

Le ministère algérien de la Santé s’est lancé depuis 1996 dans une politique d’encouragement à la production nationale en matière de médicaments, afin de réduire sa facture à l’importation dans le domaine. Les importateurs algériens ont deux ans pour réinvestir une partie de leurs bénéfices dans le pays et se lancer dans la production. 27 entreprises qui n’ont pas respecté leur cahier des charges ont été stoppées en 2001, 16 en 2002. Depuis août 2002, plus aucun agrément à l’importation n’est accordé. Des initiatives qui ont tout pour plaire sur le papier. Pourtant, les professionnels du secteur sont aujourd’hui excédés. Ils considèrent que leur ministère de tutelle ne fait rien pour favoriser l’essor d’une production nationale. Pire, qu’il fait tout pour l’empêcher.

 » Aucune formation « 

 » Comment aller vers une industrie pharmaceutique nationale alors que la formation est inexistante ? « , demande le président de l’Union nationale des opérateurs en pharmacie (Unop, à majorité composé d’importateurs). Selon Ziad Amar, les problèmes financiers sont secondaires.  » Pour l’année 2002, avec le glissement du dinar par rapport à l’euro, toutes les entreprises qui importent exclusivement des produits en l’état ont enregistré des bilans négatifs. Ça n’empêche pas certains opérateurs de réinvestir en empruntant, explique M Ziad. Quant à l’Etat, il ne nous apporte aucun soutien, lorsque nous demandons des véhicules, un terrain… « . Avant de conclure,  » le seul moyen de parvenir à doter le pays d’une véritable industrie pharmaceutique serait d’impliquer les fournisseurs de l’Algérie par un texte de loi. Comme l’ont fait de nombreux pays, dont le Maroc dès 1964 « .

 » Détruire la production nationale « 

Le Dr Djebbar, président du Syndicat algérien des industries pharmaceutiques (Saip), désigne le comité technique de remboursement (CTR), qui  » n’a fait que s’attaquer à la production locale pour la détruire « , comme le principal responsable des difficultés rencontrée par les producteurs nationaux. C’est pourquoi il menace aujourd’hui de reprendre les importations. « Ce comité n’a jamais donné les motifs pour lesquels un médicament local est rejeté, explique-t-il. Il a fait baisser les parts de marché de la production locale, depuis 1998, de 25 % à 18 %. Une tendance qui s’aggrave et renforce la position de l’importation de produits finis. A chaque fois qu’une copie d’un produit importé est fabriqué localement, le CTR procède à son élimination de la liste des médicaments remboursables ».

Le ministère sur de son fait

Autant de critiques qui laissent coi et que le directeur de la pharmacie au ministère de la Santé, le Dr Nebouche, balaye d’un revers de la main. Acquisition de terrains, arrêt de produits d’importation…, le ministère de la Santé a toujours protégé et encouragé la production locale, répète le Dr Nebouche. Avant de répondre au Dr Djebbar qu’il est hors de question d’accorder de nouveaux agréments à l’importation.  » Un délai de 10 mois est fixé aux opérateurs aux grands chiffres d’affaires afin de lancer la mise à niveau dans la production. Faute de quoi, des mesures réglementaires seront prises », conclut le Dr Nebouche.