Les médias, fer de lance de l’EuroMed

Pour compenser le déficit d’information et de communication autour de l’Euromed, la Commission européenne a entrepris une série d’initiatives – colloques, séminaires, rencontres, etc. –, et a mis en place une task-force sur les médias, un cadre informel de concertation et de discussion, pour pouvoir dégager des idées opérationnelles sur cette problématique. 10 à 12 millions d’euros, sur quatre ans, sont mobilisés pour réaliser cet objectif. Thomas McGrath explique cette démarche.

L’EuroMed[[ L’Union méditerranéenne, proposée par Nicolas Sarkozy, vient contrarier ce projet d’Euromed.]] initié par le « processus de Barcelone », lancé en 1995, vise à établir à l’horizon 2010 une zone euroméditerranéenne de libre-échange entre les pays des deux rives de la Méditerranée (25 pays du Nord +12 pays du Sud). Mais la visibilité de l’EuroMed n’est imposée que ces derniers mois d’une façon prégnante et urgente. Thomas McGrath, membre de l’Unité Méditerranée en charge de l’information et de la communication pour la région Euromed à la Commission européenne, explique les objectifs et le fonctionnement de la task-force sur les médias mise en place par les instances européennes. Entretien.

Afrik.com : Quelles sont les raisons de la mise en place de la task-force sur les médias ?

Thomas McGrath :
La task-force a été créée suite à une série de réunions de journalistes et de représentants d’autres médias dans la région méditerranéenne. Les réunions ont permis de mettre au jour des propositions permettant à la Commission européenne et aux administrations Euromed d’y contribuer d’apporter l’appui nécessaire pour accroître l’efficacité des médias, et améliorer la vie des journalistes et autres praticiens du secteur. De nombreuses idées ont pu être dégagées grâce aux analyses issues de ces rencontres. Il a été donc décidé de charger une petite task-force (groupe de travail) d’examiner plus attentivement les idées formulées et de faire des propositions prioritaires pour la Commission.

Afrik.com : Etes-vous, actuellement, en phase d’exploration et de réflexion dans ce domaine, avant de penser pouvoir pérenniser la task-force meeting ? De quels moyens celle-ci est-elle dotée ?

Thomas McGrath :
C’est bien cela. L’objectif majeur est d’examiner les problèmes, ainsi que de la résolution des problèmes des médias. En effet, le « processus de Barcelone » a prévu des mécanismes pour le dialogue avec les responsables politiques, les économistes et la société civile, mais pour le moment rien n’a été fait pour engager le débat avec les médias. Et c’est pour cela, que la task-force est encore dans une phase d’exploration des problèmes et des préoccupations des médias.

Afrik.com : Au bout de 16 rencontres, séminaires et autres réunions, quel bilan faites-vous et quelle est votre vision de l’avenir ?

Thomas McGrath :
Ces réunions ont principalement permis aux professionnels des médias de s’exprimer sur les aspects « société civile » du partenariat euro-méditerranéen, et de sonder ainsi l’opinion des participants (journalistes des différents médias des 37 pays du partenariat et représentants des associations de formation des journalistes et autres associations de médias) sur différent aspects du partenariat euro-méditerranéen ainsi que sur le rôle que peuvent jouer les médias au sein de ce partenariat. Nous avons eu 16 réunions au niveau national, thématique et régional au cours desquelles nous avons pu décortiquer des problèmes spécifiques à des secteurs bien déterminés qui se posent aussi bien au niveau national que régional, à l’instar du déficit d’information sur le processus, la formation, la liberté d’expression, sécurité et la sûreté des journalistes, l’égalité entre hommes et femmes, la xénophobie et le racisme dans les médias, etc.

Afrik.com : Depuis l’échec du référendum en France, la Commission européenne s’est rendu compte de l’existence d’un déficit de communication. Ce même problème se pose aussi au niveau de l’Euromed, pour lequel la visibilité reste encore à faire. Quels sont vos projets en termes d’information ?

Thomas McGrath :
Vous avez raison. Nous avons essayé de suivre la même formule qu’en Europe, c’est-à-dire d’entrer dans le dialogue avec les citoyens concernés. Ils ont le droit de savoir plus sur les décisions que touchent leurs vies ; ils ont le droit d’accéder à l’information ; ils ont aussi le droit d’exprimer leurs opinions. C’est pour ces raisons que la visibilité des nos décisions et nos actions est critiquée. Sur ce plan, les médias assument une part de responsabilité. La Commission européenne a pour mission essentielle de lancer des processus et de passer des messages bons et fiables à l’opinion publique. Nous travaillons actuellement en collaboration avec beaucoup de télévisions nationales et régionales, et avec la presse écrite. Notre objectif n’est pas de faire de la propagande, mais plutôt d’attirer l’attention sur les effets bénéfiques de notre partenariat.

Afrik.com : Pourquoi au niveau de la task-force, avez-vous choisi de réunir dans la même structure les médias, les professionnels, les ONG et les écoles de journalisme ? Pourquoi cette démarche ?

Thomas McGrath :
Lorsque nous parlons de dialogue avec les médias, cela ne veut pas dire qu’il s’agit seulement de la presse et des télévisions. Le dialogue concerne également les écoles de journalisme, les ONG qui s’occupent des problèmes des médias, des associations, des syndicats, etc. C’est une approche globale pour essayer de résoudre les problèmes qui se posent dans ce secteur dans son ensemble.

Afrik.com : Les pays du Sud reprochent souvent à l’Euromed d’imposer une « façon de voir » les choses. Qu’en dites-vous ?

Thomas McGrath :
Dans ce dialogue, et c’est un vrai dialogue, ce sont les journalistes qui arrêtent l’ordre du jour et discutent des problèmes qu’ils soulèvent eux-mêmes. Rien n’est imposé – ni par la Commission ni par les partenaires. On peut aussi dire que rien n’est exclu, on touche souvent à des problèmes très sensibles. Par exemple : xénophobie et le racisme dans les médias, le terrorisme et le rôle des médias pour éviter l’incitation, etc. La Commission joue le rôle de facilitateur, et elle agit dans le cadre d’un dialogue très ouvert.

Afrik.com : De quel budget disposez-vous pour mener ces actions ?

Thomas McGrath :
Je dois souligner que ce n’est pas uniquement certaines propositions de la task-force qui seront prises en considération. Nous avons beaucoup d’autres actions en perspective. Pour une période de 4 ans, nous consacrerons un budget de 10 à 12 millions d’euros pour les programmes d’information et de communication. Un large éventail de propositions appropriées devraient voir le jour et être intégrées dans le calendrier du notre programme régional d’information et de communication.

Afrik.com : Concrètement, quelles sont les deux ou trois actions fortes qui vont marquer les prochains mois ?

Thomas McGrath :
Je crois qu’il y a un déficit de la bonne information pour les journalistes. Il semble qu’il soit difficile de se procurer des informations sur le partenariat et de se renseigner sur ses activités et initiatives en raison d’un manque de clarté des structures d’information. Nous essayons d’éviter, autant que faire se peut, les malentendus ou ce que je pourrais appeler les « trous de communication » qui peuvent exister entre les deux rives du Mare Nostrum. Suite à une série des propositions des journalistes, on va améliorer notre « Euromed Info Centre » pour mieux répondre aux vrais besoins des journalistes et du public.
La formation des journalistes, a tous les niveaux, est prioritaire. Les centres de formation de la région souhaitent vraiment les aborder, ainsi que les questions susceptibles d’avoir un impact positif sur la profession. Entre autres, nous sommes en train d’étudier la question de formation des formateurs, la possibilité de mettre en place des systèmes d’homologation communs et l’organisation d’échanges à des fins de formation et l’établissement de chaires d’études euro-méditerranéennes.

Afrik.com : Aujourd’hui, la politique européenne de voisinage suscite de plus en plus d’inquiétudes. Comment faites-vous pour intégrer cette problématique à l’intérieur de la task-force ?

Thomas McGrath :
Les plans d’action traités dans le cadre de la politique de voisinage relèvent de la responsabilité des administrations compétentes. Nous, nous situons à un autre niveau d’action. Nous traitons les problèmes de base, et ce sont les plans d’action qui donnent un cadre pour les réformes politiques, économiques et sociales.

Afrik.com : Au cours des discussions, au niveau de la task-force, plusieurs questions et sujets ont été abordés et traités. Qui valide politiquement ces projets et ces idées ?

Thomas McGrath :
Le rapport des discussions et conclusions de la task-force, comme c’est l’habitude, sera diffusée aux services concernés de la Commission ainsi que nos délégations dans la région. Il sera aussi présenté au Commissaire européen en charge de la PEV, ainsi qu’au comité des hauts fonctionnaires Euromed.