Les médias camerounais en liberté surveillée

Le président du Conseil National de la Communication dénonce les dérives de la presse et l’appelle à plus de responsabilités en 2012. Un vœu doublé d’une véritable leçon sur l’éthique, la déontologie et la pratique du métier. Un épée tranchante est désormais suspendue sur la tête des médias du Cameroun.

Monseigneur joseph Befe Ateba, évêque de Kribi et président du Conseil National de la Communication (CNC) a sonné le tocsin à travers une mise en garde aux responsables des médias et aux journalistes. « Le Conseil national de la Communication appelle les uns et les autres à plus de responsabilités et de conscience professionnelle pour une presse camerounaise plus ambitieuse et soucieuse de contribuer au développement de notre pays » a interpellé le prélat dans son message de nouvel an à l’allure d’un prêche teinté de menaces.

L’homme d’Église constate que depuis quelques temps la presse camerounaise s’est enlisée dans des pratiques qui tendent à se généraliser, non sans brouiller leurs missions fondamentales de sauvegarde de l’intérêt général et de service public. Le prélat dénonce des médias « qui ont décidé d’ériger leurs programmes et rubriques en tribunaux populaires et publics, instruisant des procès illicites, jouant les procureurs, distribuant les bons et les mauvais points à des responsables en charge du service public, et condamnant sans plus de précaution, dans un mélange d’invectives, d’injonctions, d’interpellations publiques et d’injures ».

A en croire le président du CNC, à côté de cette première catégorie se recrutent d’autres médias qui choisissent de menacer de « hauts responsables au téléphone, de leur envoyer des SMS comminatoires en jurant de livrer sur la place publique leurs secrets de famille ou les malversations financières réelles ou supposées dont ils se seraient rendus coupables ». Joseph Befe Ateba, dénonce ces pratiques et convie les journalistes aux respects des règles éthiques et déontologiques non sans leur rappeler qu' »aucun journaliste, aucun homme et aucune femme de média n’est au-dessus des lois qui condamnent ces pratiques ».

Protection des mineurs et sanctions en perspectives

Le CNC condamne aussi la diffusion des images violentes par les télévisions locales. « La protection des mineurs interdit de diffuser sans les voiler les images des enfants impliqués dans le procès ou victimes d’abus » rappelle le CNC. « Les médias audiovisuels et la presse écrite doivent toujours prendre soin de préparer le téléspectateur ou l’auditeur à affronter les images insoutenables par une annonce préalable », ajoute-t-il dans sa leçon de journalisme.

Cette sortie du CNC sonne comme une mise en garde qui pourrait s’accompagner de sanctions. En effet le décret présidentiel du 23 janvier dernier réorganisant le Conseil National de la Communication lui donne désormais le pouvoir de sanctionner les médias. Le CNC peut donner des avertissements et/ou infliger des sanctions motivées à l’encontre des opérateurs publics et privés ainsi que des professionnels du secteur de la communication sociale. La suspension temporaire d’activité pour une période n’excédant pas six mois peut être envisagée, ou pire, l’interdiction définitive d’activités.