Les Masters Class de Lomé : l’Afrique à la page culturelle


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Diffuser largement savoirs et savoir-faire artistiques en Afrique. Telle est la mission que se sont fixés les Masters Class de Lomé. Pendant une semaine (du 3 au 10 août) le Réseau des Campus Artistiques Nomades propose à des étudiants africains de rencontrer des professionnels de l’art et de la culture et de leur soumettre leurs projets. Rencontre avec l’organisateur de l’événement, Cosme D’Almeida.

L’Afrique à l’école de la culture. C’est le concept des Masters Class, dont la première édition au Sénégal, en 2007, a déjà porté ses fruits. Cette année, rendez-vous est pris à Lomé (Togo) du 3 au 10 août, avec pour thème « les formations artistiques à l’université ». Une semaine de rencontres pour favoriser la transmission et la diffusion des savoirs artistiques et culturels. Entre ateliers thématiques et de perfectionnement et conférences publiques, il s’agira pour chacun d’échanger et d’acquérir contacts et connaissances afin de mettre en place des partenariats et des actions durables. Entretien avec l’initiateur de cet événement Cosme D’Almeida – également secrétaire général de l’Académie internationale pour le développement et conseiller régional pour l’Afrique des Campus Artistiques Nomades – qui est convaincu que l’Afrique doit placer l’art et la culture au cœur de son développement.

Afrik.com : Pouvez-vous nous présenter les Masters Class de Lomé ?

Cosme D’Almeida :
Pendant une semaine, nous proposons des ateliers thématiques et des conférences publiques dans le domaine de la culture et des métiers qui s’y rapportent. Nous avons retenu cinq ateliers : « Scénographie », « Cadre de vie – Art de vivre », « Economie et Marché de l’art », « Entrepreneuriat – Management et Accompagnement de projets culturels et artistiques » et « Communication – Ecriture numérique – Arts créatifs ». Le public auquel s’adresse cette manifestation a été recruté sur dossier de candidature. Il s’agit d’étudiants dans le domaine artistique et culturel. A leurs côtés seront présents des professeurs, des professionnels et des praticiens de l’art.

Afrik.com : Quel est votre objectif ?

Cosme D’Almeida :
Nous voulons parvenir à favoriser et à promouvoir les échanges qui peuvent se faire entre les universitaires et les professionnels. Nous voulons découvrir des talents. Et nous voulons aider à la mobilité de ces talents. Il s’agit de mettre en place une véritable dynamique et d’organiser un suivi sérieux des artistes en herbe. Les Masters Class sont un lieu de rencontre et d’échange, de dialogue et d’ouverture.

Afrik.com : Comment vous est venue l’idée de ce projet ? Quel constat est à l’origine de votre initiative ?

Cosme D’Almeida :
En effet, tout est parti d’un constat ! Celui d’un cruel manque d’intérêt, ici et ailleurs en Afrique, pour la vie culturelle internationale. L’Afrique est rarement présente dans l’organisation de grands festivals ou de manifestations culturelles. Ce que nous voulons, c’est parvenir à intéresser les universités à cette perspective, en la rendant possible et envisageable. Nous tentons de donner des bases à l’échange. Pas seulement entre Togolais mais entre tous les partenaires africains, et internationaux même, pour une meilleure diffusion de notre potentiel.

Afrik.com : Comment expliquez-vous que la culture, sur le Continent, ne parvienne pas à émerger suffisamment ?

Cosme D’Almeida :
C’est toute la pratique du savoir et de l’éducation en Afrique qui est en question. Il y a trop peu de professionnels, pas assez de techniciens… Il y a de nombreux nouveaux métiers qui se créent en relation avec la culture, mais on l’ignore. Les chargés de communication, les fiscalistes de l’art, les designers, les créateurs d’images, les métiers de l’industrie culturelle… L’art est à la base de tout. L’université doit comprendre qu’au commencement était la création. Nous devons absolument nous ouvrir à la diversité. Notre mission est de combattre cette homogénéisation des « moules » en vigueur dans le domaine culturel. En fait, grâce à ce type d’initiative, nous nous approprions les connaissances traditionnelles pour en faire des métiers d’avenir.

Afrik.com : Concrètement, en quoi les Masters Class vont-ils permettre aux jeunes talents de prendre leur envol ?

Cosme D’Almeida :
Tout est fonction des projets soumis par les participants. Dans leur dossier de candidature, ils ont détaillé un projet professionnel artistique à plus ou moins long terme. Notre rôle sera de les accompagner dans la réalisation de celui-ci. Dans un premier temps pendant la semaine de rencontre à Lomé, puis, par la suite, par un suivi ciblé. Au final, nous créerons, au sein des universités partenaires, des filières de formation pour donner à l’Afrique les moyens de faire éclore ses talents. Par exemple grâce à l’ouverture d’un centre théâtral sur le campus de Lomé, soutenu par la Comédie de Saint-Etienne (en France, ndlr). Le but est aussi de développer une économie créative pour que l’Afrique ne soit plus à la traîne, car c’est véritablement là où le bât blesse.

Afrik.com : Quels sont les moyens dont vous disposez pour organiser cet événement et mettre en branle ce processus d’accès plus large à la culture ?

Cosme D’Almeida :
L’événement de Lomé est co-organisé par Les Campus Artistiques Nomades – une association de professionnels et d’universitaires de la culture à travers le monde –, l’Université de Lomé et l’Institut Beryco. Ce dernier est un nouveau-né qui va ouvrir dès l’automne prochain et tendra à favoriser la formation et la recherche appliquées à la culture. Ensuite, nous avons développé plusieurs partenariats qui nous ont aidé à mener à bien le projet des Masters Class : l’Agence Universitaire de la Francophonie, la Cité du Design de Saint-Etienne, la Comédie de Reims, la direction générale de la Coopération internationale et du développement du Quai d’Orsay. Enfin, nous bénéficions de nombreuses contributions privées, ainsi que d’un soutien national de l’Etat togolais. Les ministres de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, de la Culture et de la Communication ainsi que de la Formation Professionnelle sont les coprésidents de cette manifestation. Tous ces partenaires, qui continueront avec nous sur le long terme, nous offrent la possibilité d’ouvrir plus largement l’Université à la culture. Les entreprises qui nous soutiennent offrent ce qu’elles peuvent pour soutenir la logistique et l’organisation et seront également présentes lors des conférences et des ateliers. Au final, c’est une machine assez lourde, à la dimension de notre ambition. Le seul problème que nous ayons rencontré a porté sur la question des transports, l’avion étant extrêmement cher au mois d’août…

Afrik.com : Comment votre itinéraire personnel vous a-t-il mené jusque-là ?

Cosme D’Almeida :
J’ai une formation de communicateur. J’ai travaillé à l’ORTF (Office de Radiodiffusion-Télévision Française, ndlr) dès 1971, puis j’ai fait 15 ans sur une radio togolaise, ce qui m’a permis d’ancrer ma formation d’animateur culturel. Après cela, j’ai officié au ministère togolais de la Culture où j’étais chargé de la Jeunesse, de la Culture et des Sports. Ces diverses expériences ont contribué à me convaincre qu’il faut à tout prix placer la culture au cœur du développement. Plus tard, je suis devenu directeur général du Centre régional d’action culturelle en Afrique. C’est l’institution qui forme les ministères de la Culture et qui pendant longtemps a végété. Je l’ai relancée et me suis spécialisé dans le développement culturel et dans le développement de l’entrepreneuriat. Et enfin, mon expérience en France a achevé de me convaincre. J’ai suivi à l’Université de Reims une formation en création d’entreprise, puis j’ai participé aux concours de l’UNESCO, tout en développant mes activités culturelles. Dès lors, j’ai été persuadé qu’il fallait sortir des chemins battus pour promouvoir la culture en Afrique.

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