Les Maliens soutiennent la liberté d’expression

En mai dernier, le maire de Bamako et le directeur général de l’Office de radio télévision du Mali étaient condamnés pour propos diffamatoires envers la justice. Le plaignant, le syndicat autonome de la magistrature, a retiré sa plainte sous la pression populaire. Interview.

C’était en mai dernier. Le maire de Bamako et le directeur général de l’Office de radio télévision du Mali (ORTM) sont condamnés à un mois de prison de ferme et à une forte amende. Le maire, pour propos jugés diffamatoires envers la justice. Le directeur, pour avoir refusé de diffuser un communiqué du plaignant, le syndicat autonome de la magistrature. Emoi général. Mais les magistrats ont finalement retiré leur plainte. Sous la pression populaire, comme nous l’explique Mamadou Kaba, président de l’Autorité de régulation de la communication au Mali.

Afrik : Pourquoi le syndicat autonome de la magistrature a-t-il retiré sa plainte ?

Mamadou Kaba : Devant la médiatisation très importante de l’histoire et l’ampleur qu’elle a pris, le syndicat a préféré reculer. L’association des griots du pays est intervenue pour servir de médiateur et surtout, l’annonce de la condamnation du maire et du directeur général a soulevé un tollé général parmi la population. Il y a eu une réaction populaire spectaculaire.

Afrik : Que dénonçait la population ?

Mamadou Kaba : Les gens ont critiqué le syndicat en disant  » ces gens qui rendent mal la justice n’ont de leçon à donner à personne « . La grosse erreur du syndicat est qu’il a été juge et partie sur cette affaire. Le président du tribunal lui-même est syndiqué. Les gens n’ont pas apprécié. Les radios nationales ont ouvert leurs antennes aux auditeurs qui se sont exprimés librement. Ceux qui ont déjà eu affaire à la justice du pays ont exprimé leur ras-le-bol et dénoncé le pouvoir de l’argent. Ils clamaient sur les ondes :  » Si tu es riche tu as raison, si tu es pauvre, tu as forcément tort « . De plus, les propos du maire, jugés diffamatoires, s’inscrivaient dans un débat. Il est intervenu en tant qu’opposant et avait le droit de critiquer la justice : il est responsable de ses paroles.

Afrik : L’Autorité de régulation de la communication est-elle intervenue ?

Mamadou Kaba : Nous n’avons été appelés à participer à l’affaire en tant que médiateur mais nous l’aurions fait, sans aucun doute. Nous n’avons pas voulu condamner les différentes parties car selon nous la justice et la presse sont les deux piliers de la démocratie -à condition qu’elles restent indépendantes l’une de l’autre et nettement séparées. Dans cette affaire, il fallait faire preuve de retenue et de modération. Dans notre communiqué, ce sont ces principes que nous avons rappelés.

Afrik : Quelles leçons tirez-vous de cet événement ?

Mamadou Kaba : Je crois que nous allons revoir notre loi ! Elle nous est apparue un peu dangereuse puisqu’elle permet de condamner un directeur d’un média audiovisuel pour des libres propos tenus à l’antenne. C’est grave. Au départ, le syndicat n’a fait qu’appliquer l’article 52 de la loi sur le délit de presse… Qu’il va donc falloir revoir. Mais il faut aussi souligner qu’il violait cette même loi en étant à la fois juge et partie.