Les Libériens abandonnés à leur sort

Une centaine de Libériens ont été tués lundi au cours de la troisième attaque menée par le LURD sur Monrovia en l’espace de deux mois. La moitié d’entre eux ont trouvé la mort alors qu’ils s’étaient réfugiés dans une cour de l’ambassade américaine. La situation qui empire au Liberia n’a pas poussé le Président américain à trancher sur la question d’une intervention des Etats-Unis.

Plus de 10 000 Libériens s’étaient réfugiés lundi dans une cour de l’ambassade américaine, selon Radio France International, afin d’éviter les bombardements des rebelles du LURD. Les Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie. Mais ces derniers ont lancé ce même jour leur plus violente attaque sur Monrovia depuis deux mois (la troisième), en visant particulièrement le quartier de l’ambassade américaine, Mamba Point. Le LURD assure n’avoir fait que répondre aux troupes du Président Charles Taylor, lui même ex-chef de guerre, qui auraient violé le cessez-le-feu conclu à Accra le 17 juin dernier. Bilan, plus de 100 morts, selon les ONG internationales, dont 53 dans cette cours de l’ambassade. Alors que les habitants de Monrovia ne savent plus où trouver refuge, l’Etat-major du LURD affirmait mardi avoir ordonné à ses hommes de cesser le feu. Un ordre non respecté.

La réconciliation et la démocratie ne s’obtenant pas à coups d’obus tirés par des enfants drogués et saoulés (d’un côté comme de l’autre), la communauté internationale presse depuis quelques semaines les Etats-Unis d’intervenir au Liberia. Un pays qu’ils ont créé en 1831 en débarquant des esclaves affranchis dans cette contrée de l’Afrique, et auquel ils ont accordé l’indépendance en 1847. Mais le néocolonialisme humanitaro-militaire n’est pas le fort de Georges Walker Bush, qui lui préfère le vecteur économique. Les discussions entre le gouvernement libérien et les deux mouvement rebelles libériens pour parvenir à la paix se poursuivent toujours dans la capitale ghanéenne. Mardi soir, le LURD et le MODEL (Mouvement pour la démocratie au Liberia) ont refusé de signer un accord qui selon eux les excluaient du futur gouvernement.

Les Marines en force d’appoint

Le 7 juillet dernier, le secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan, a rendu visite au Président américain pour le presser d’intervenir dans le conflit libérien. Sans succès. La Chine n’est pas la Serbie, la Corée du Nord n’est pas l’Irak, qui est encore moins le Liberia. Les Etats-Unis interviennent militairement dans le monde selon leurs intérêts. Le Président américain lui-même s’était engagé à intervenir en dehors de son pays seulement si celui-ci était menacé. Et nombre de journalistes avaient même cru voir l’indication d’une intervention future des Etats-Unis quand Georges W. Bush a agité, le semaine dernière, la menace terroriste représentée par le Liberia.

Mais seuls 35 hommes ont été dépêchés dans le pays ouest-africain, pour étudier les possibilités d’une opération américaine. Davantage encore, Bush s’entête à réclamer le départ du Président Taylor comme préalable à toute intervention américaine. Alors que dans le même temps, Charles Taylor promet qu’il ne quittera pas le pouvoir avant qu’une force de paix internationale ne soit en place au Liberia. « Toute implication [américaine] serait d’envergure et de durée limitée », avait prévenu le Président américain après l’envoi des 35 militaires dont il attend toujours le rapport. « Nous serions là-bas pour aider et ensuite nous partirions », avait-il ajouté, laissant entendre que les forces US n’interviendraient pas les premières. Des propos confirmés lundi lorsque, pressé de toutes parts, le Président américain a considéré de son côté qu’il était tant qu’une force de paix ouest-africaine soit déployée.

Le Nigeria, qui a accepté d’accueillir le Président Taylor lorsqu’il quittera le pouvoir, serait prêt à envoyer 776 hommes fortement armés pour s’interposer entre les forces gouvernementales libériennes et le LURD, selon la BBC. Une force qui ne pourra être déployée sans le soutien logistique des Etats-Unis, selon le secrétaire exécutif de la Cedeao, Mohamed Ibn Chambas.