Les Kényans doivent abandonner toute incitation à la haine

La Cour pénale internationale (CPI) a ordonné à comparaître le 7 avril, à La Haye, six hauts responsables kényans accusés de crimes contre l’humanité lors des violences post-électorales de l’élection présidentielle de 2007, qui ont fait plus d’un millier de morts. Le 5 avril, Kofi Annan, ancien secrétaire général de l’ONU et président du Panel des Eminentes Personnalités Africaines, appelait les Kényans à l’apaisement.

Le processus concernant le cas de six Kenyans devant la Cour pénale internationale suit désormais son cours. La procédure qui commence cette semaine est bien le début d’un long processus. Comme dans toute procédure judiciaire, des moments tendus risquent de mettre à l’épreuve la patience des parties impliquées.

A la veille du départ vers La Haye des personnes convoquées par la CPI, la tension est palpable au Kenya, le langage brulant de l’incitation à la haine ethnique commençant à poindre dans différents quartiers. Les mots peuvent apaiser comme enflammer les esprits. J’exhorte tous les Kenyans, en particulier les dirigeants, à peser sagement leurs mots en ce moment critique.

Rappelons-nous comment le Kenya s’est lui-même sorti du gouffre au début de l’année 2008, et a entrepris un vaste processus de réforme, d’apaisement et de réconciliation nationale. Les Kenyans étaient résolus à demander des comptes aux auteurs des violences post-électorales, tout comme ils étaient déterminés à voir de véritables réformes d’envergure mises en place, comme en témoigne la nouvelle Constitution adoptée le 27 août 2010. Ce sont des réalisations sans précédent pour le Kenya et qui ne devraient pas être gâchées.

Permettez-moi aussi de souligner que ni l’Afrique, ni le Kenya, ni aucun groupe ethnique n’est en procès à la CPI. Quand j’étais au Kenya en Décembre 2010, pour examiner les progrès accomplis dans la mise en œuvre des accords du Dialogue national et de la réconciliation du Kenya, j’ai souligné que « traduire en justice les responsables des violences post-électorales est essentiel pour aider le Kenya à panser ses plaies, et empêcher que de tels crimes ne se produisent à nouveau. Ce faisant, nous devons comprendre qu’aucune communauté ni aucun groupe n’est visé. Il s’agit bien de mettre des personnes soupçonnées d’avoir commis des crimes face à leurs responsabilités, et de rendre justice aux victimes. » Après tout, la justice est une composante essentielle du processus d’apaisement.

À ce stade critique, les Kenyans, leurs dirigeants et l’élite politique doivent renouveler leur engagement en faveur de la réalisation de ces objectifs, abandonner toute incitation à la haine et permettre au processus de la CPI de suivre son cours. Tout au long du processus de réforme, les médias et les propriétaires de médias ont su se montrer particulièrement responsables, et je les encourage à continuer ainsi. Un Kenya libéré de toute haine et luttant contre l’impunité sera un Kenya sûr et uni – un pays qui prospérera et assurera le bien-être de tous ses citoyens.