Les « Jeunes Parisiens » shootés par Hugues Lawson-Body

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Dans son livre Jeunes Parisiens, Hugues Lawson-Body rend hommage à cette génération métissée que nous croisons tous au quotidien mais sans forcément y prêter attention. A travers 200 clichés, ce photographe professionnel qui collabore à de différents magazines tels que GQ, Time ou L’Equipe magazine, nous propose d’aller à la rencontre de ces jeunes qui ont accepté de poser seul ou en bande devant son objectif. En costume ou baggy, affichant frange ou crête, tatouage ou piercing… Rien n’a échappé à son œil de lynx. Résultat ? Un livre magnifique encensé par la presse et plébiscité par le public.

Hugues Lawson-Body qui avait déjà annoncé en exclusivité son projet sur Spheremetisse.com nous en dévoile aujourd’hui les coulisses.

Quel a été l’élément déclencheur de ce projet ?
Ce livre est né à l’avènement de la tecktonik, en 2005. Je me suis rendu compte qu’un véritable phénomène de société se déroulait sous mes yeux avec tous ces jeunes hyper-lookés et souvent prêts à esquisser un pas de danse dans la rue ou dans le métro. Témoin de ce mouvement décomplexé et de toutes ces évolutions technologiques qui me fascinent, je me suis dit qu’il serait intéressant de « figer l’air du temps ».

Vous avez écumé les 20 arrondissements parisiens mais votre travail s’est surtout concentré aux Halles. Pourquoi ?

J’ai effectivement parcouru le tout Paris et pris des photos dans divers arrondissements, aussi bien à Barbès qu’à Saint-Supplice. Mais c’est vrai que le quartier des Halles reste le dénominateur commun : tous les quartiers y convergent. C’est en quelque sorte l’endroit où je retournais souvent pour prendre le pouls de cette jeunesse parisienne.

Qui sont ces jeunes et avez-vous eu du mal à les convaincre de poser pour vous ?

Ils constituent le Paris d’aujourd’hui, métissé et multiculturel, j’en suis admiratif. Cette jeunesse se métamorphose rapidement. Grâce aux réseaux sociaux, elle se sent à l’aise devant un objectif, une caméra et je la sens curieuse de tout. Lorsque j’abordais ces jeunes, nos échanges étaient assez rapides, je pense qu’ils me faisaient une confiance instinctive. Ma démarche était claire, simple à réaliser et mes jeunes modèles ont tout de suite perçu que je n’étais pas là pour les trahir ou les piéger. Côté look, je ne leur ressemble pas. Néanmoins j’ai grandi dans ce quartier des Halles et c’est un environnement dans lequel je me sens à l’aise, ce qui m’a rapproché d’eux. Nos échanges ont duré en moyenne 10 à 20 minutes mais la complicité était automatique. Je pense que je n’ai pas trop eu à les convaincre car il s’agissait de photos et non de propos.

Votre travail a été très bien accueilli par les médias et le public. Avez-vous été surpris par cet engouement ?

Oui, tout de même… Cela fait dix-sept ans que je fais de la photo et j’ai travaillé sur ce projet pendant 3 ans. Lorsque j’avais un après-midi, un week-end ou pendant les vacances scolaires, je partais à l’aventure avec mon appareil photo et je me laissais porter par le hasard des rencontres. Pour moi, mon travail est une bouffée de liberté, une aération et j’ai shooté avec beaucoup de plaisir. Je pense que cela se ressent dans le résultat et j’avoue que je suis fier de ce livre auquel j’ai toujours cru. Puis, je pense aussi que mon livre est sorti au bon moment.

13-lowhlb1.jpgCe fut également un gros travail d’équipe. J’ai shooté plus de 1000 jeunes, 200 clichés ont été retenus. Il a ensuite fallu trier, archiver, sélectionner… Sans ma sœur (productrice) Eliane, mon D.A Arthur King, ma collaboratrice Judith Elias Johnson, Wawa ma graphiste, Thibault de Longeville (réalisateur et ami) pour ses conseils et encouragements et sans mes éditeurs 1980, cette aventure n’aurait pas vu le jour. Cerise sur le gâteau : Mr William Klein (on ne le présente plus !) a rédigé la préface ; Oxmo (Puccino, ndlr) a apporté son regard caustique et son analyse sociologique ; Marc Beaugé son expérience et Jay Smith son talent. Avec une pareille équipe ce livre ne pouvait rencontrer que le succès. Ce succès leur revient autant qu’à moi.

Par ailleurs, j’ai été particulièrement touché par la confiance de Sarah (Cofondatrice et directrice artistique – de Colette) qui a adhéré au projet alors que ce n’était encore qu’une maquette. En décembre, elle m’a proposé de sortir et dédicacer mon livre dans son illustre boutique. Ce fut un coup de pouce inestimable. A ce jour nous sommes en réimpression et si tout va bien, le livre sera bientôt distribué à l’étranger. C’est un véritable rêve qui se réalise.

Est-ce que dans trois ou cinq ans, vous comptez renouveler l’expérience ?

Pour l’instant, je ne sais pas. Mais pourquoi pas ? Dans le questionnaire publié à la fin de l’ouvrage, certains de mes modèles se prédisent avec beaucoup d’humour des avenirs de « plombier », « cracheur de feu », se voient « en tole », à « HEC » ou « en vis ». Retrouver ces jeunes qui m’ont laissé leurs coordonnées et voir ce qu’ils sont devenus réellement, c’est peut-être cela mon prochain projet. Mais j’espère surtout rester le plus longtemps possible cet observateur privilégié, capable de témoigner de toutes ces mutations de notre société.

Propos recueillis par Eléonore Mathieu

Jeunes Parisiens de Hugues Lawson-Body -1980 Editions

Textes de William Klein, Oxmo Puccino, Jay Smith & Marc Beaugé.

224 p. / 210 x 280 mm – 34,00 €

Crédit photo : Chiara Santarelli