Les Ivoiriens carburent aux boissons énergisantes

Pour parer aux coups de fatigue, être plus performants dans un sport ou sous les draps, les Ivoiriens se ruent sur les boissons énergisantes. A base de caféine ou/et de torine, deux stimulants, ces breuvages n’auraient pas de conséquences néfastes sur la santé si elles sont utilisées avec parcimonie.

Etre toujours au summum de sa forme. De plus en plus d’Ivoiriens, toutes catégories d’âge confondues, ne jurent plus que par les boissons énergisantes. Ils sillonnent les rayons des supermarchés à la recherche des breuvages stimulants aux couleurs vives, parfois pétillants, et aromatisés au caramel ou encore au guarana. La solution pour être plus performants au quotidien. Aussi bien dans le domaine professionnel que personnel et, plus rarement, sportif. Certains médecins estiment que la consommation modérée de ces produits n’est pas dangereuse.

Les canettes se vendent « comme des petits pains »

« Cela fait deux ans que les Ivoiriens se sont réellement aperçus de l’existence de ces boissons dans les rayons. Tout est parti du Ghana, où ce type de produits se vendait bien », explique Jean-Paul R. Daffot, responsable commercial pour une société de boissons énergétiques. « Auparavant, les Ivoiriens buvaient du malta originaire du Togo, mais la marque a par la suite été retirée du marché. C’est alors que les boissons énergisantes ont décollé. Certains, qui revenaient d’un voyage en Europe en demandaient. D’autres connaissaient ces produits par le bouche à oreille », ajoute Nicaise Kouadi, chef du rayon des boissons du supermarché abidjanais Cash Center, qui propose cinq marques différentes : Red Bull, Vigor Power, Bomba Energy, Blue Jeans et Royal Ginger Beer. « Il part cinq à six cartons de 24 canettes par semaine. Elles se vendent comme des petits pains. » Et cela n’a pas l’air de suffire. « Actuellement, nous faisons une promotion qui ramène les marques les plus chères à 900 F CFA. Et nous avons de charmantes hôtesses qui font déguster les boissons aux clients potentiels », commente le chef du rayon des boissons, qui précise que la vente de ces produits a commencé il y a seulement près de six mois.

Une enseigne, qui n’a pas souhaité être citée, explique qu’elle vend entre 6 000 et 7 000 canettes par mois de Red Bull, la boisson la plus en vogue, contre 600 maximum pour les autres. « Nous sommes les premiers à nous être installés, il y a trois ans, sur le sol ivoirien. Nous avons commencé par apporter de petites quantités, 100 ou 200 cartons, et nous avons fini par des containers. Aujourd’hui, nous sommes leaders sur le marché. Nous vendons entre 50 000 et 60 000 canettes par mois, contre 5 000 à 6 000 à nos débuts, et notre chiffre d’affaires l’an passé était de 150 millions de F CFA. Cette année, nous prévoyons 400 millions de F CFA », explique Amadou Sidibet, initiateur de la boisson Red Bull, devenu manager de la société en Côte d’Ivoire.

Trois fois plus cher qu’une bière

Les plus gros consommateurs sont les hommes. Ils déboursent en moyenne entre 900 et 1 100 F CFA pour obtenir ces breuvages. Plus cher qu’une simple bière, qui revient environ à 350 F CFA, ou qu’un soda, qui revient à quelque 250 F CFA. Et gare si le magasin où ils se rendent n’est pas approvisionné. « Les clients ne sont pas contents quand ils voient qu’ils vont repartir bredouilles. Ils me disent qu’il ne faut surtout pas oublier de nous approvisionner », souligne Nicaise Kouadi.

Les canettes tant convoitées contiennent de la caféine et de la torine (interdite en France car une trop forte consommation peut se révéler dangereuse pour la santé). Pour le citoyen lambda, le but recherché est souvent d’échapper aux coups de fatigue en pleine journée et de tenir la distance lors des soirées en boites, dans les maquis ou dans les bars, où elles sont quasiment devenues un élément incontournable. « Les consommateurs les boivent nature ou y mélangent de l’alcool, car ils trouvent que cela a un effet aphrodisiaque », commente Jean-Paul R. Daffot.

Incontournable aussi dans l’intimité. « Au départ boisson énergisante rimait avec « fête réussie ». Aujourd’hui, elle rime avec « homme vigoureux, dans tous les sens du terme », explique avec un sourire entendu, le responsable commercial. Pour décupler l’effet énergisant, certains le coupent également avec de l’alcool. Du côté des sportifs, « leurs performances durent plus longtemps, un peu comme s’ils s’étaient dopés », assure le jeune responsable commercial.

Boire trop de boisson énergisante peut doper

Le dopage. La bête noire des professionnels du sport. Alors, pour ne pas avoir de problèmes, mieux vaut éviter ces boissons. « Quelques sportifs viennent me voir pour que je leur conseille une boisson énergisante. Mais j’ai beaucoup de réserves à le faire car on ne sait jamais ce qu’ils ont ingéré avant. Or, s’ils ont déjà pris un produit stimulant, ils peuvent se retrouver avec un taux trop élevé de caféine dans le sang. Et passé la barre de 12 microgrammes par millilitre de sang, ils sont considérés comme dopés », commente Pierre Lacroix, médecin du sport, qui précise que ces boissons constituent un véritable piège. « Leur composition, qui ne contient pas d’éléments nutritifs, indique la présence d’eau gazeuse de sucre et de caféine. C’est un peu comme un soda où de la caféine aurait été ajoutée. Alors les sportifs peuvent en boire de grandes quantités sans se rendre compte que selon les critères professionnels, ils sont dopés », ajoute le spécialiste.

Un danger plus grand peut guetter les sportifs qui en abuseraient. Car la caféine et la torine masquent la fatigue et poussent les athlètes à se dépenser encore plus. « Les efforts sont trop intenses pour le corps, alors des lésions musculaires ou encore articulaires peuvent survenir. Dans les cas extrêmes, des problèmes cardiaques peuvent se manifester car le cœur de l’athlète n’arrive plus à suivre la cadence. Ce qui est notamment cause de mort subite », prévient le Dr Pierre Lacroix. Vigilance est mère de sûreté.