Les islamistes privés de voix

Le royaume chérifien a décidé de taper sur les islamistes là où ça fait mal : l’argent et la propagande. Les cassettes audio et les publications des prêches. Le ministère de l’Intérieur semble disposé à s’attaquer à l’intégrisme.

C’est le quotidien L’Economiste qui a révélé l’affaire. Le ministère de l’Intérieur a envoyé une circulaire à tous les walis (préfets) et gouverneurs pour contrôler les commerçants ambulants, opérant à côté des mosquées. Objectifs : assécher une source de financement des mouvements islamistes et maîtriser les moyens de propagande.

Depuis quelques mois, les autorités marocaines multiplient les attaques contre les islamistes.  » C’est vrai que les abords des mosquées semblent plus dégagés. Il y a moins d’étalages. Mais cette partie de cache-cache est déjà gagnée par les islamistes. Ils n’ont plus besoin de vendre leur littérature dans la rue, les librairies et bibliothèques croulent sous ses livres au contenu douteux « , témoigne Hamid, libraire à Casablanca.

El Kechk au kiosque

La circulaire du ministère de l’Intérieur vise en premier lieu des cassette audio contenant des prêches incendiaires des imams des pays du Golfe. Interdits chez eux, ces derniers trouvent un terreau fertile en Afrique du Nord.  » Les cassettes de l’imam El Kechk, mort depuis des années, occupent la tête du hit-parade depuis toujours. Plus les prêches sont extrémistes, mieux ils se vendent. On est en train de revivre l’expérience algérienne à ses débuts « , s’angoisse Hamid.

Pour les autorités chérifiennes, ces cassettes  » servent à des fins de propagande auprès des citoyens, les incitent à l’intégrisme et rallient le maximum de sympathisants, tout en élargissant leur base et idéologie « . En clair, les imams du Golfe sont priés de prêcher l’intégrisme chez eux et les Marocains priés d’écouter autre chose. Première mesure  » visible  » : les prédicateurs sont interdits d’utiliser les haut-parleurs.

Le gouvernement d’Abderrahmane Youssoufi a décidé de couper l’herbe sous le pied des islamistes, particulièrement du mouvement du cheikh Yacine, à un mois des élections législatives.