Les insurgés attendent une médiation étrangère

Les représailles que le Président Amadou Toumani Touré craignait, une semaine après l’attaque de garnisons par des insurgés touaregs, n’ont pas eu lieu. Et les habitants de Kidal qui avaient fui ont commencé à rentrer. Les insurgés, réfugiés dans l’Adrar des Ifoghas, assurent qu’ils ne veulent pas relancer une rébellion et commencent à faire part de leurs revendications, en attendant une médiation étrangère.

Les Touaregs maliens qui avaient quitté la région de Kidal, après l’attaque d’un groupe rebelle contre trois camps militaires (deux à Kidal, au nord, et un à Menaka, au nord-est), dans la nuit du 23 au 24 mai, commencent à rentrer chez eux. Le souvenir des années sombres de la rébellion de 1990 était encore vivace dans leur tête et ils auraient été près de 4 500, selon RFI, à se réfugier dans les montagnes de l’Adrar des Ifoghas, lorsque l’armée régulière est venue rétablir l’ordre. Dès le lendemain de l’attaque, qui s’était soldée par la mort de deux militaires et deux rebelles, le Président Amadou Toumani Touré avait demandé à ses concitoyens de ne pas faire l’amalgame entre insurgés et civils. « Ceux qui ont aujourd’hui attaqué le poste militaire à Kidal ne doivent pas être confondus avec nos autres compatriotes, tamacheks et autres, qui sont en train de vivre avec nous avec nos difficultés, qui ont choisi le Mali, qui ont choisi la loyauté et qui ont les mêmes droits que nous pour ce qui concerne notre pays », avait-il expliqué.

Les exactions de l’armée régulière et du Ganda Koy (« les maîtres de la terre » en songhaï) avaient causé la mort de centaines de Touaregs, dans les années 1990, même après les accords de paix du 11 avril 1992. Le mouvement Ganda Koy s’appuyait sur les populations sédentaires Songhaï, fatiguées des attaques des différentes rébellions touaregs, et il n’était pas rare qu’il se venge sur les populations civiles. « Les populations touarègues et maures sont plus ou moins complices de la rébellion. Nous nous donnons le droit de les juger et de les sanctionner », justifiait depuis Paris Mahmoud Alpha Maiga, le représentant du mouvement, cité par Philippe Baque (Monde Diplomatique).

Une médiation étrangère et du développement

Côté insurgés, différents porte-paroles ont commencé à se faire entendre. Dès le 24 mai, Amag Ag sid Ahmed s’exprimait sur RFI au nom du lieutenant-colonel Hassan Fagaga, ancien membre du Mouvement populaire de l’Azawad (MPA) qui a intégré l’armée régulière avant de déserter, en févier dernier, en compagnie d’une dizaine d’officiers. « Nous ne demandons qu’un peu de développement. On a minimisé les problèmes (…) Il fallait réagir militairement pour qu’on sente qu’il y a un problème dans les régions du Nord », expliquait-il, réclamant « une solution et une négociation avec un médiateur étranger ». « Nous voulons l’ouverture immédiate du dialogue par l’intermédiaire d’un autre Etat, parce que la confiance n’existe pas », confirmait dimanche Eglass Ag Aguida, présenté par Le Républicain (Mali) comme l’un des porte-paroles des rebelles.

Par manque de moyens, de volonté, en raison aussi du refus en 1994 de l’Union nationale des travailleurs du Mali de voir les touaregs privilégiés en pleine crise économique, le Pacte national entre le gouvernement et les mouvements et fronts unifiés de l’Azawad (MFUA) n’a jamais réellement été appliqué. Même si de nombreux cadres de la rébellion ont intégré l’armée régulière ou l’administration. Des dignitaires touaregs ont d’ailleurs réaffirmé leur confiance au Président Amadou Toumani Touré lorsqu’ils l’ont rencontré le 25 mai dernier. Mais pour les insurgés, ces derniers sont loin des préoccupations des touaregs.

Tout en niant son implication dans l’attaque du 23 mai, Eglass Ag Aguida a cité Iyad Ag Ghaly, l’homme qui a déclenché la rébellion de 1990 et fait la paix deux ans plus tard, comme l’une des figures écoutées par les hommes qui ont pris les armes. Ce dernier aurait rencontré le Président ATT quelques jours avant le déclenchement des hostilités. Selon RFI, Bamako serait près à demander la médiation de la Libye et de l’Algérie.