Les Forces Nouvelles n’iront pas aux élections

Les Forces Nouvelles l’ont annoncé jeudi dernier : elles s’opposent désormais à la tenue du scrutin présidentiel prévu le 30 octobre prochain et censé mettre un terme à la crise ivoirienne. Arguant un délai d’organisation trop court, l’ex-rebellion rejette également la médiation du Président sud-africain Thabo Mbeki accusé de favoriser le Président ivoirien, Laurent Gbagbo. Le règlement de la crise ivoirienne se trouve encore une fois dans l’impasse.

Par Anna-Alix Koffi

Nouveau rebondissement dans la crise ivoirienne. Les Forces Nouvelles (FN) et le groupement des autres fractions dissidentes, le Mouvement populaire ivoirien du Grand Ouest (MPIGO) et le Mouvement pour la justice et la paix (MJP), ont annoncé par communiqué, jeudi, leur rejet des élections présidentielles prévues le 30 octobre 2005. Ils leur préfèrent une période de transition durant laquelle Laurent Gbagbo, l’actuel Chef d’Etat, ne sera plus à la tête des institutions. Le communiqué est tombé à l’issu d’un séminaire placé sous le thème ‘Les Forces Nouvelles face au processus de paix’ rassemblant, à Bouaké, les principaux responsables politiques et militaires de la rébellion. « Les conditions d’une élection libre, démocratique et transparente ne sont plus réunies à cette date », indique le communiqué. A deux mois d’une échéance qu’ils avaient préalablement acceptée, les FN remettent donc en cause l’ensemble d’un processus de paix maintes fois interrompu. Selon les accords de Pretoria II, la tenue des élections du 30 octobre était liée à la promulgation par le Président Laurent Gbagbo, avant le 15 juillet 2005, de tous les textes de lois régissant le processus électoral. Et ce sont elles qui constituent le principal point de discorde entre l’ex-rébellion, l’opposition et le pouvoir en place.

Un scrutin sous haute incertitude

Promulguées in extremis, ces lois qui révisent certaines des prérogatives accordées par le premier accord de Pretoria (Pretoria I), du 6 avril dernier, ont été aussitôt rejetées par l’opposition qui les avaient jugées trop favorables au Président Ivoirien. « Il y a des velléités économiques de la part de l’Afrique du Sud en Côte d’Ivoire, ce qui amène les Ivoiriens à douter de l’engagement de l’Afrique du Sud dans la crise ivoirienne ». C’est ce que déclarait à la presse, le 9 août dernier, Sidiki Konaté, porte-parole des FN alors que Thabo Mbeki, Président sud-africain, médiateur désigné par l’Union africaine depuis mai 2004, confirmait la conformité des lois. En d’autres termes, les ex-rebelles ne reconnaissent plus la médiation de Thabo Mbeki, aujourd’hui vécue comme un « échec ». Pourtant Guillaume Soro, leur Secrétaire général, avait qualifié de fructueuse sa rencontre du 20 août dernier avec le Président sud-africain. Son organisation n’est néanmoins pas la seule à contester le dispositif législatif mis en place le 15 juillet dernier. Alassane Ouatara et Henri Konan Bédié, les deux autres figures majeures de la politique ivoirienne ont adopté la même posture.

Les Forces Nouvelles ne tournent cependant pas le dos à l’Organisation des Nations Unies. Si leurs résolutions reportent les élections, elles maintiennent la participation du mouvement à la Commission Electorale Indépendante (CEI) proposée par, Antonio Monteiro, Haut représentant des Nations Unies pour les élections en Côte d’ivoire. A condition de revoir les lois du 15 juillet. Par ailleurs, le communiqué de jeudi dernier indique qu’« en tout état de cause, le 30 octobre marque la fin du régime de M. Laurent Gbagbo à la tête des institutions. » Sur le papier, l’annulation du scrutin entraînerait la vacation du pouvoir mais surtout le départ du Président Gbagbo. Avec cette dernière sortie et au risque de passer pour de mauvais joueurs, les FN auront admis, les premiers, ce qui semble être une évidence. Il sera très difficile d’organiser des élections présidentielles en Côte d’Ivoire le 30 octobre prochain. Pretoria I prévoyait un démantèlement, une démobilisation et une réinsertion de toutes les milices avant le 20 août 2005. Une semaine après la fin de l’échéance, le programme national pour le désarmement n’est pas encore lancé.