Les exactions perdurent en Côte d’Ivoire

Au moins 22 personnes ont été tuées depuis décembre 2011 à Bouaké, dans le Nord de la Côte d’Ivoire, selon Human Rights Watch. L’organisation de défense des droits de l’Homme a appelé les autorités ivoiriennes à prendre des mesures pour désarmer les anciens combattants des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) désignés comme les auteurs de ces crimes.

La Côte d’Ivoire n’est pas au bout de ses peines. Plusieurs mois après la sanglante crise post-électorale, qui a opposé le président Alassane Ouattara et l’ancien dirigeant Laurent Gbagbo, le pays vit toujours dans l’insécurité. Viols, meurtres, vols, les exactions se poursuivent. Dans son nouveau rapport, l’organisation de défense des droits de l’Homme Human Rights Watch, indique que 22 personnes ont été tuées à Bouaké, dans le Nord de la Côte d’Ivoire, depuis décembre 2011. Les anciens combattants des forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) sont désignés comme les auteurs de ces crimes. « Les victimes ont unanimement dit que ce sont des jeunes liés aux forces républicaines de Bouaké. Le terme signifie aujourd’hui les forces armées régulières mais aussi tous les volontaires armés par les Forces républicaines pour chasser l’ancien Président Laurent Gbagbo », explique Matthew Wells. Selon une information diplomatique, environ 40.000 « volontaires » ont combattu au sein des Forces républicaines.

Les victimes sont généralement attaquées alors qu’elles se déplacent à moto ou en transport en commun. Le rapport dénonce ainsi l’augmentation de la criminalité qui perturbe fortement la vie quotidienne. Human Rights Watch a également fait état de plusieurs cas de viols sur les routes de Bouaké. Une femme âgée de 27 ans a relaté qu’elle avait été violée par deux hommes le 4 janvier. Ils ont attaqué le minibus dans lequel elle se trouvait sur la route principale menant de Bouaké à Korhogo. Ils l’ont ensuite déshabillée pour chercher son argent, puis emmenés dans la brousse pour la violer. Une autre femme de 20 ans a décrit une attaque semblable au cours de laquelle elle s’est faite violée avec plusieurs de ses compatriotes, son père a été tué alors que les bandits s’emparaient de l’argent et des biens des passagers.

« Nous dormons la peur au ventre »

Selon une victime d’un vol à main armée ayant eu lieu à bord d’un minibus fin décembre , « il y a énormément de militaires. Pendant la journée, on voit les armes qu’ils portent. Et la nuit, on voit le même type d’armes aux mains des braqueurs. Nous dormons la peur au ventre. Nous vivons dans la peur ». Les habitants de Bouaké pointent également du doigt l’impuissance de la police qui est incapable d’assurer leur sécurité face à ces milices lourdement armées. « Écoutez, nous ne sommes pas armés. Vos assaillants sont bien armés. Nous ne pouvons rien faire », indiquent le plus souvent les policiers aux plaignants. L’organisation internationale appelle « le gouvernement à fournir sans tarder à la police et aux gendarmes un soutien matériel suffisant pour qu’ils puissent garantir la sécurité » des populations.

Protéger les Ivoiriens de la criminalité ne sera pas une mince affaire. La plupart des victimes indiquent qu’elles sont incapables d’identifier leurs assaillants qui, le plus souvent masqués, refusent qu’elles les regardent. « Je ne sais pas si ce sont des soldats de l’armée véritable ou des volontaires qui ont combattu avec eux. Nous ne sommes pas capables de les distinguer; ils sont tout le temps ensemble près des casernes durant la journée. Ce que nous savons, c’est qu’ils sont les seuls à posséder ces fusils identiques à ceux des bandits », raconte une énième victime d’une attaque datant du 4 janvier.

« Nous avons décidé de payer les FRCI pour notre protection»

Human Rights Watch a appelé le gouvernement à désarmer les auteurs de ces exactions pour mettre un terme à la montée du banditisme. « Le peuple ivoirien a déjà souffert d’innombrables horreurs », a indiqué Corinne Dufka, chercheuse senior sur l’Afrique de l’Ouest à Human Rights Watch. Elle estime que le « gouvernement doit montrer qu’il est déterminé à faire cesser cette violence en désarmant les anciens combattants et en s’assurant que la police et les gendarmes sont équipés de manière adéquate pour protéger les Ivoiriens et pour enrayer la criminalité galopante aux alentours de Bouaké. »

Pour le moment, le gouvernement ivoirien ne s’est toujours pas prononcé sur la question du désarmement pourtant inéluctable des milices dans le but de rétablir la sécurité dans le pays. L’ONU a prévu de superviser les opérations mais estime qu’elle ne peut, pour l’instant, pas agir. « Le gouvernement ne nous dit pas qu’il faut désarmer », affirme un responsable de l’organisation. Selon lui, « le gouvernement n’est pas encore parvenu à une décision concernant la réforme de l’armée et n’a pas terminé les opérations de recensement et de profilage de tous ces anciens combattant ».

En attendant que l’Etat prenne des mesures pour empêcher les assaillants d’opérer, certains habitants de Bouaké ont décidé d’assurer leur propre sécurité. « Nous avons décidé de payer les FRCI pour notre protection…. Si vous avez trois camions qui se rendent à Daloa, à Gagnoa, n’importe où, vous payez environ 125 000 francs CFA (190 euros). Nous formons un convoi. Ce sont les vraies FRCI que nous payons, les soldats qui sont dans l’armée régulière », affirme ce jeune homme victime d’une agression en décembre 2011. Selon de nombreux habitants de la région, les soldats de l’armée régulière tirent avantage de l’insécurité à Bouaké. Pourtant le Président Ouattara a créé une force de police militaire chargée de mettre un terme à l’indiscipline qui règne au sein de l’armée. Une politique qui ne semble visiblement pas porter ses fruits.

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