Les Etats-Unis présentent leurs excuses aux descendants d’esclaves : la France suivra-t-elle leur exemple ?

Après la chambre des représentants en juillet 2008, c’est le Sénat des États-Unis qui, le jeudi 18 juin 2009, a présenté officiellement aux descendants d’esclaves des États-Unis ses excuses pour « l’injustice fondamentale, la cruauté, la brutalité et l’inhumanité de l’esclavage ». Ce positionnement est très différent de celui de la République française qui rejette toute velléité d’actes de repentance.

La République française a choisi de faire voter une loi dite Taubira, en 2001, qui reconnaît l’esclavage colonial en tant que crime contre l’humanité sans désigner de coupables et sans reconnaître aux esclaves guadeloupéens, martiniquais, guyanais et réunionnais le statut de victimes[[Article premier de la loi TAUBIRA : « la République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l’Océan Indien d’une part, et l’esclavage d’autre part, perpétrés à partir du 15e siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l’Océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes, constituent un crime contre l’humanité »]].

De ce fait, il n’y a pas, à la différence des USA, de réparation symbolique.

En réalité, lorsqu’elle évoque l’esclavage, la République ne s’adresse pas aux descendants des victimes de l’esclavage. Tel Narcisse, elle entretient le mythe de pays à l’avant-garde des droits de l’homme se glorifiant d’avoir aboli l’esclavage colonial ( et pourtant, elle n’a pas été la première à le faire et tous les États le pratiquant au 19e siècle l’ont fait) et montrant l’exemple au monde en le reconnaissant aujourd’hui, crime contre l’Humanité.

Cette posture a deux conséquences politiques majeures pour les populations des ex-colonies françaises.

La première est que le ressentiment et la défiance de ces populations envers la République ne sont pas prêts de s’atténuer. On l’a vu avec les événements sociaux qui ont secoué les Antilles françaises au début de l’année. Comment alors espérer sérieusement que les États généraux de l’outre-mer, décidés sans discussion préalable avec les responsables de ces mouvements, puissent apporter des solutions durables aux immenses défis auxquels sont confrontés les peuples de la France d’outre-mer ?

Le deuxième est qu’en refusant d’assumer, urbi et orbi, la responsabilité de la Nation dans la construction de ces peuples dans « l’injustice fondamentale, la cruauté, la brutalité et l’inhumanité de l’esclavage », elle peut difficilement les aider à s’extraire des dysfonctionnements hérités de cette période, qu’il s’agisse des troubles identitaires et de l’estime de soi ou des dysfonctionnements sociétaux…

Cette situation, qui dure depuis 1848, finira par rendre impossible tout rapport de confiance entre la République et les peuples des DOM et risque de conduire à des solutions radicales qui seront catastrophiques pour l’avenir de ces pays.

À l’inverse, on peut espérer, aux USA, que des mesures spécifiques (que personne ne qualifiera de communautaristes) concernant les difficultés des descendants d’esclaves soient prises dans les années qui viennent. Les Américains ne sont plus au stade des regrets mais à celui du repentir officiel, ce qui est de bon augure.

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