Les dessous de la visite de Ghannouchi à Alger

Bouteflika a reçu à Alger le président du mouvement tunisien Ennahdha, Rached Ghannouchi. Une visite qui intervient dans un climat de déstabilisation sécuritaire et politique en Tunisie.

(De notre correspondant à Alger)

Pour son premier accueil d’un dirigeant étranger depuis son retour au pays, en juillet dernier, le Président Bouteflika a reçu, hier mardi, à Alger le président du mouvement tunisien Ennahdha, Rached Ghannouchi.

Le rétablissement du chef de l’Etat algérien, Abdelaziz Bouteflika, qui a reçu, ce mardi à Alger, le président du mouvement tunisien, Ennahdha, Rached Ghannouchi coïncide-t-il avec le recouvrement de la stabilité et de la sécurité en Tunisie voisine. C’est du moins ce que souhaitent les observateurs des deux cotés de la frontière, qui aspirent à une évolution qualitative des relations algéro-tunisiennes sur les plans économique et sécuritaire, pour l’ intérêt des deux pays frères et de la stabilité de la région.

L’Algérie qui n’a pas changé d’un iota sa politique consistant à apporter son concours le plus entier aux efforts consentis pour le succès de la période de transition en Tunisie, redevient un pole d’attraction par excellence pour les dirigeants de ce pays. Ce qui donne d’ailleurs un cachet particulier à cette visite de Rached Ghannouchi , qui intervient dans un contexte très particulier pour le pays du Jasmin. Après le putsch contre le gouvernement islamiste en Egypte et la déstabilisation sécuritaire et politique en Tunisie et en Libye, les dirigeants d’Ennahda voient d’un autre œil l’Algérie dont ils cherchent activement le soutien. Et ce, pour sa stabilité politique, sécuritaire et surtout économique.

Rached Ghannouchi qui n’a aucune fonction officielle dans le gouvernement tunisien, est venu à Alger pour rechercher les meilleures voies conduisant à la sortie de crise. Surtout que la chute du Président Mohamed Morsi en Egypte, n’a pas manqué de faire des émules dans l’opposition tunisienne qui monte en puissance. Caïd Essebsi et son mouvement Nida Tounès, soutenu dans son entreprise par les mouvements de gauche fait de plus en plus de l’ombre à la mouvance Ennahda. Cette dernière est accusée d’être complice dans l’assassinat de deux leaders politiques tunisiens, Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi.

D’autres allégations la considérant aussi partie prenante dans les attentats du Mont Chaâmbi, s’ajoutent au lot de griefs déjà lourd par le concours des circonstances. Pour obtenir le soutien d’Alger, le chef de file d’Ennahda fera tout pour dissiper certains malentendus liés notamment à sa déclaration de soutien à la candidature de Abderrezak Makri, leader du parti MSP à l’élection présidentielle de 2014. Cette sortie médiatique faite lors de sa dernière visite en Algérie n’était pas sans impact sur la posture des dirigeants algériens qui en voyaient un retour à la case de départ. C’est-à-dire aux années 90, lorsque les islamistes étaient à leur apogée en Algérie. La consultation du Président algérien Bouteflika, qui signe son retour aux affaires extérieures, signifie aussi le lancement d’une coopération entre les deux pays appelés à faire face à la menace terroriste aux frontières.