Les cybercafés d’Abidjan privés de téléphone

L’Agence des Télécommunications de Côte d’Ivoire part en guerre contre l’utilisation du téléphone sur Internet dans les cybercafés du pays. Une mesure qui déplaît fortement aux internautes et aux propriétaires de cybercafés.

La semaine dernière, tous les cybercafés ivoiriens ont reçu une circulaire émanant de l’Agence des Télécommunications de Côte d’Ivoire (ATCI). Cette dernière interdit l’utilisation du téléphone sur Internet dans les cybercafés. Raison invoquée : la concurrence déloyale dont souffre Côte d’Ivoire Télécoms, l’entreprise nationale détenant le monopole des télécommunications jusqu’en 2003.

L’Autorité de Régulation n’a pas jugé bon de s’exprimer sur sa décision. En revanche, les internautes ivoiriens et les propriétaires de cybercafés montent au créneau. L’utilisation du téléphone est l’une des activités principales des cybercafés, après l’email. On comprend pourquoi : les 2 minutes de communication vers l’Europe ou les Etats-Unis coûtent 250 FCFA (2,5 FF) en passant par Internet alors que la minute vers la France coûte 1 700 FCFA (17 FF) par le téléphone classique.

 » C’est vraiment quelque-chose de très intéressant pour la population du pays, qui a souvent de la famille à l’étranger « , explique Stéphane Fachehoun, journaliste ivoirien. L’utilisation du téléphone sur Internet est pratiquée clandestinement par les cybercafés qui par ce moyen fidélisent une clientèle. L’ATCI souhaite donc éviter un phénomène de masse.  » Si on utilise le téléphone par Internet à domicile, ça passe « , note le journaliste.

Pour faire respecter sa décision, l’ATCI envoie ses inspecteurs dans les lieux incriminés.  » On ne sait pas qui est qui. Il peut y avoir des inspecteurs parmi les clients. Les cybercafés se méfient et ont tendance à réduire l’utilisation du téléphone par Internet, mais ce n’est pas encore vraiment effectif « , explique Stéphane Fachehoun.

Mouvement de contestation

Cette décision, totalement impopulaire, a suscité de vives réactions.  » J’ai rencontré un propriétaire qui met la clef sous la porte car le téléphone par Internet lui permet de vivre « , raconte le journaliste. Quant aux internautes, ils se sont organisés en mouvement de contestation et comptent prochainement animer des conférences à l’université pour sensibiliser la population aux diverses utilisations d’Internet – et notamment le téléphone.

 » A l’exemple du Sénégal qui a amené la Sonatel à accepter cet état des choses, nous espérons que notre gouvernement sera réceptif à notre demande « , explique M. Fachehoun. Les internautes Ivoiriens, qui souhaitent continuer à passer leurs coups de fil par Internet, espèrent que le ministère des nouvelles technologies, qui vient d’être créé, saura les entendre.