Les cultures tolérantes à la sécheresse sont cruciales pour préparer l’Afrique au changement climatique

En cette Journée Mondiale de l’Alimentation, nous devons nous rappeler qu’une crise profonde se trame pour les fermes de petite taille en Afrique. Les experts s’accordent sur le fait que le changement climatique se manifeste sous la forme de sécheresses prolongées dans de nombreuses régions d’Afrique. Ceci a un impact dévastateur sur des millions de petits fermiers ayant des ressources limitées.

Et pourtant, pour la première fois dans l’histoire de l’homme, nous avons des solutions disponibles pour aider ces paysans à supporter les effets de la sécheresse. Nous pouvons les préparer au changement climatique en accélérant rapidement le développement et l’utilisation de cultures résistantes à la sécheresse en Afrique. Nous savons comment le faire. Nous avons seulement besoin d’une volonté politique pour que cela soit fait.

Les choix que nous faisons maintenant et dans les années à venir vont déterminer la vitesse à laquelle ces nouvelles variétés de cultures peuvent être placées dans les mains des agriculteurs africains, pour augmenter les rendements et réduire la pauvreté et la faim.

La sécheresse prolongée qui affecte l’Afrique de l’Est fait la une des journaux. La FAO estime que, à cause de la sécheresse, les récoltes vitales de maïs du Kenya, qui représentent 80% de la production céréalière annuelle du pays, chuteront de plus d’un quart en dessous de leur niveau normal. Le Programme Alimentaire Mondial estime que, dans l’ensemble de l’Afrique de l’Est, plus de 20 millions de personnes sont à la limite de la famine et ont un besoin critique d’aide alimentaire.

Les travaux de recherche du Groupement d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC) et du Groupe Consultatif sur la Recherche Agricole Internationale (CGIAR) fournissent des indications solides et fiables sur le fait que les effets émergents du changement climatique ne pourront qu’aggraver cette situation. Si leurs prédictions se révèlent vraies, un grand nombre des petits fermiers d’Afrique deviendront de plus en plus vulnérable et nos efforts pour assurer la sécurité alimentaire et la prospérité des nations d’Afrique subsaharienne seront mis en péril. En fait, pour l’Afrique, les temps les plus durs sont encore à venir.

Nous devons nous préparer. Les scientifiques et même les dirigeants politiques reconnaissent que la tolérance à la sécheresse est l’un des objectifs les plus importants à atteindre lors du développement de nouvelles variétés de cultures pour l’Afrique (et dans l’ensemble du monde, en réalité).

En conséquence, pour aider les fermiers d’Afrique à faire face au défi du changement climatique, la Fondation Africaine pour les Technologies Agricoles mène un partenariat public-privé appelé « Water Efficient Maize for Africa » (Maïs Econome en Eau pour l’Afrique), qui vise à développer et promouvoir un maïs résistant à la sécheresse. Les partenaires utilisent des techniques de croisement conventionnel, de croisement assisté par marqueur et de génie génétique. Si elles sont adoptées, ces variétés tolérantes à la sécheresse nouvellement développées aideront à stabiliser les rendements en maïs et assureront les petits fermiers d’obtenir une récolte, en particulier pendant les périodes de sécheresse modérée.

Si le maïs est essentiel pour la sécurité alimentaire en Afrique de l’Est et du Sud, nos efforts doivent s’étendre à d’autres cultures. Pour s’adapter au changement climatique, nous aurons besoin d’un arsenal de nouvelles cultures résistantes à la sécheresse, y compris du riz, du sorgho, du millet, du manioc et d’autres cultures vivrières. Elles seront vitales pour la sécurité alimentaire en Afrique de l’Est et du Sud mais également partout ailleurs, en particulier dans la région du Sahel de l’Afrique de l’Ouest.

Il est triste de constater que les fermiers africains attendent encore de bénéficier de ces techniques modernes, qui ont amélioré la productivité et les vies des fermiers d’autres régions. Le problème est politique et non pas scientifique.

L’écart technologique de l’Afrique existe en grande part parce que la plupart des pays n’y ont pas de capacité de recherche adéquate ni de systèmes réglementaire indispensables pour développer des variétés améliorées et évaluer, approuver et fournir de nouveaux produits agricoles aux agriculteurs. Et sans de meilleures politiques et réglementations agricoles qui rendent disponibles les semences de bonnes qualité à meilleur rendement ainsi que les intrants agricoles, la réalité est que les fermiers les plus vulnérables d’Afrique continueront à s’éloigner de plus en plus des fermiers des autres régions du monde.

Nous sommes au bord du précipice.

De sages décisions prises aujourd’hui changeront les perspectives pour la situation alimentaire africaine à long terme. Il est possible que l’Afrique se définisse par sa prospérité et puisse profiter de larges quantités de nourriture pour son peuple, malgré les crises alimentaires, des épisodes de sécheresse plus fréquents et les phénomènes météorologiques extrêmes provoqués par le changement climatique.

Agir maintenant, améliorer les collaborations, élargir les partenariats et maintenir le soutien des partenaires pour le développement est essentiel pour s’assurer de ce nouveau scénario pour l’Afrique. La clé de voûte de la sécurité alimentaire et de l’indépendance de l’Afrique pour l’avenir est la volonté politique et en particulier des politiques qui améliorent, plutôt que freinent, la productivité et la profitabilité des fermes de petites taille.

Par Daniel Mataruka, Directeur exécutif, la Fondation Africaine pour les Technologies Agricoles