Les crues menacent l’Egypte

Le Haut-Barrage d’Assouan est sous haute surveillance. La crue des eaux, précoce et très importante, inquiète les hydrologues. La crue a déjà fait plusieurs centaines de sans-abri et inondé des dizaines d’îles. Elle menace la Quatrième Pyramide.

 » C’est la faute des gens qui ont construit des habitations sauvages sans permis officiels « , s’emporte Mahmoud Abou-Zïed, le ministre de l’Irrigation et des ressources hydrauliques. Plusieurs îles du Nil ont été inondées par l’eau de la crue cette semaine et des centaines de famille se sont retrouvées sans abri. De nombreuses îles d’Assouan – près d’une centaine selon une source du ministère de l’Irrigation – sont menacées par cette crue.

Polémique. Quelques ingénieurs en hydraulique du pays ont tiré la sonnette s’alarme, au début de l’été, sur la montée exceptionnelle des eaux qui menacent le Haut-Barrage. L’eau a atteint son plus haut niveau depuis 5 ans. Cette crise est due à la manifestation précoce de la crue.  » Toutes les mesures de sécurité ont été prises pour faire face à l’éventualité d’une montée de la crue du Nil. Le Haut-Barrage n’est nullement menacé. Tout est sous contrôle « . Le ministre de l’Irrigation a rassuré, il y a moins de 15 jours, les parlementaires qui s’inquiétaient des prévisions catastrophiques des ingénieurs.

Tout est sous contrôle

Le Haut-Barrage a été construit pour faire face à des crues de 182 m. Or, les spécialistes craignent que l’actuelle crue n’atteigne 180 m.  » Cette situation est très critique. Le Nil ne peut pas recevoir plus de 250 millions de m3 des eaux de la crue. Sinon, les ponts, les écluses et les antiquités situées au bord du Nil seront menacés « , s’alarme dans  » Al Ahram « , Moustapha Mohamad Soliman, professeur, ingénieur en irrigation et président de l’association des ingénieurs spécialistes de l’irrigation.

Selon une source ministérielle, les eaux seront dirigées vers le déversoir de Tochka (à l’ouest d’Assouan) qui possède quatre lacs permettant de recevoir les eaux accumulées.  » Il ne faut pas se focaliser sur l’Egypte. Nous assisterons dans les prochaines années à des phénomènes identiques car cela est dû au réchauffement de la planète. Même les neiges du Kilimandjaro ne sont plus éternelles. Elles fondent « , explique l’hydrologue Mustapha Kaoua.

Il pleut sur le Soudan

Cette crue risque de prendre de plus en plus d’importance car le Soudan connaît depuis quelques jours des pluies diluviennes qui viennent grossir le Nil, déjà saturé. Le Nil traverse neuf pays: le Burundi, le Rwanda, l’Ouganda, la Tanzanie, le Kenya, le Congo-Zaïre, l’Ethiopie et enfin le Soudan et l’Egypte. Ces deux derniers pays – 85 millions d’habitants à eux deux – dépendent étroitement du fleuve et forment la plus longue oasis du monde. Le Nil coule donc du Sud vers le Nord. Il traverse rapidement des régions tropicales humides, où il reçoit beaucoup d’eau, avant de pénétrer, beaucoup plus lentement, dans l’un des déserts les plus arides du monde: l’Egypte.  » L’Egypte est un don du Nil « , écrivait au 5e siècle avant Jésus-Christ l’historien grec Hérodote.

Le personnel du barrage est en état d’alerte. Il contrôle, chaque heure, la montée des eaux alors qu’en période calme, il ne le fait que tous les 15 jours. L’Egypte prie pour qu’il n’y ait pas de pluie. Même si  » tout est sous contrôle « .