Les Coptes se rebiffent

La communauté chrétienne en Egypte est en émoi. Suite aux révélations qui accusent un ex-moine d’avoir abusé de certaines femmes, photos à l’appui, de jeunes coptes ont manifesté leur colère. Bilan : 70 blessés et une tension religieuse ravivée.

Dix mille chrétiens ont manifesté pour la quatrième journée consécutive mercredi 20 juin dans les rues du Caire. Au cours d’affrontements avec la police, soixante-dix personnes ont été blessées, dont une trentaine de policiers. Ce qui révolte les Coptes ? La publication dans la presse à scandales d’un article intitulé  » Bordel au monastère « .

Le journal Al-Nabaa a publié, dans son édition de dimanche, un dossier de plusieurs pages sur les relations sexuelles qu’entretenait un moine du couvent de Deir el-Moharraq avec des femmes de la ville. Il leur laissait croire qu’il exorcisait les mauvais esprits habitant leurs corps. Selon Al-Nabaa, Adel Saadallah Ghobrial filmait ses ébats et faisait ensuite chanter ses victimes. Plusieurs femmes ont avoué avoir été rançonnées de plusieurs centaines de milliers de dollars.

Une série d’images extraites de l’une de ces bandes vidéo a été publiée dans le journal, échappant ainsi à une censure pourtant féroce. La surprise a été à la hauteur de la réaction de la communauté copte, d’ordinaire discrète et passive. L’ampleur inhabituelle de la manifestation de mercredi en a surpris plus d’un.

Atteinte à la pudeur

Le Pape Chenouda III, à la tête de l’Eglise copte, a appelé ses fidèles au calme. Il a en outre indiqué que le prêtre en question a été excommunié il y a cinq ans. Le patriarche s’est voulu rassurant en indiquant que le prêtre ne s’était pas livré à de tels actes à l’intérieur du couvent, un lieu très saint pour les Coptes.

Le numéro maudit d’Al-Nabaa s’est vu retiré des kiosques dès dimanche, sur décision du tribunal du Sud du Caire pour  » atteinte à la pudeur « . Le pouvoir a temporairement interdit la parution du journal et son rédacteur en chef, Mamdouh Mahram, sera entendu dimanche par la justice.

Pourtant, la minorité chrétienne (les Coptes représentent entre 5 et 10 millions des 65 millions d’Egyptiens, ndlr) ne décolère pas. Les manifestant se sont rassemblés dans la nuit de mercredi soir au sein de la cathédrale Abbasiya du Caire, point d’ancrage de leur communauté. Au vu des dizaines d’Egyptiens qui ont été hospitalisés après les affrontements de mercredi, certains craignent que cette affaire ne ravive la violence religieuse entre coptes et musulmans.