Les Comores existent-elles ?

Les Comores existent-elles ? C’est la question que se posent les auteurs réunis dans l’ouvrage collectif Maandzish N°3, Petites histoires comoriennes et à laquelle ils répondent « oui » en chœur. Quatre textes pour mieux comprendre la réalité comorienne post-coloniale.

Maandzish N°3. Un titre étrange explicité par son sous-titre : « Petites histoires comoriennes ». « Maandzish », dérivé du mot comorien « maandzishi » qui signifie « écritures ». Il s’agit à la base, du nom d’une revue créée par Twamay Association en France et qui n’existe plus. Ce troisième numéro a pu paraître grâce à une autre association qui œuvre pour la promotion des Comores, Washko Ink. L’ouvrage propose un ensemble de textes qui défendent l’idée d’une identité comorienne, une « comorianité » en quelque sorte, à contre-courant des élans séparatistes qui empoisonnent les relations inter-îles depuis la décolonisation.

L’association Washko Ink souhaite par ce biais montrer sa volonté de « contribuer à la reconstitution d’une mémoire comorienne, lacérée de partout, mise en pièce par mère-misère et sa complice, l’insouciance ». Ainsi, le recueil s’ouvre sur le texte d’Aboubacar M’changama, paru en 1997 (date de la sécession de l’île de Mohéli et de la proclamation « d’indépendance » d’Anjouan). Le directeur de publication du journal L’Archipel et correspondant de l’AFP aux Comores, y relate les premières angoisses suscitées par la fronde séparatiste anjouanaise dans la capitale comorienne. Il montre à quel point la propagande des séparatistes du Mouvement Populaire d’Anjouan, accusant les habitants de la Grande Comore de tous les maux dont sont victimes ceux de l’île d’Anjouan, a pénétré les esprits. « Les rapports entre Comoriens sont en train de pourrir, infectés par le doute », écrit-il.

L’unité comorienne

Comme un écho, I. Mohamed, membre fondateur du Groupe de réflexion sur le devenir des Comores, s’interroge : « Les Comores existent-elles ? ». La réponse est « oui ». « L’unité comorienne demeure une réalité indubitable, même après 25 ans de séparatisme mahorais » et n’est pas une construction artificielle de l’histoire coloniale. L’auteur souligne d’ailleurs « l’unité de peuplement, l’unité religieuse, l’unité linguistique et l’unité de coutumes » qui lient les habitants des différentes îles. Suivent le texte de Mohamed Ahmed-Chamanga (professeur de comorien à Paris), « La langue comorienne dans sa diversité » et de Soeuf Elbadawi (journaliste, fondateur de Washko Ink), « Archipel en décomposition ? ». Et pour clore le livre, des paroles de poètes, avec Un autre regard de Saindoune Ben Ali.

Ce recueil permet de mieux comprendre la réalité comorienne et l’instabilité chronique que connaissent les îles depuis l’indépendance. Il lance aussi un appel, par la voix de I. Mohamed : « A terme, il s’agit de construire enfin une nation comorienne juste, non pas en veillant à ce que chaque île ait sa part, mais bien plutôt en offrant à chaque Comorien, où qu’il soit, les moyens de participer à son propre destin, en devenant une personne à part entière ».

Maandzish N°3, Petites histoires comoriennes, collectif, éditions Komédit.