Les commissaires électoraux menacés de poursuites au Kenya

Une organisation de la société civile, les Kenyans pour la Paix, la Vérité et la Justice (KPTJ), a lancé un ultimatum de 14 jours au gouvernement par le biais de son principal conseiller juridique, le procureur Amos Wako, pour qu’il ouvre une enquête sur les 22 membres de la Commission électorale du Kenya (ECK) avant de déclencher des poursuites contre les commissaires pour avoir présidé des élections frauduleuses.

Suite aux menaces de plainte brandies par l’organisation contre le gouvernement et le procureur général, les pressions se sont intensifiées sur le gouvernement, appelé à mettre sur pied une commission vérité et réconciliation qui sera chargée de faire la lumière de tous les cas d’abus des droits humains et d’impunité.

Le Dr Ekuru Aukot, responsable des KPTJ, par ailleurs directeur exécutif du Centre for Law, a affirmé, au cours d’une conférence de presse convoquée dans la capitale kenyane, que les 22 commissaires, en particulier leur président, Samuel Kivuitu, étaient présumés coupables d’avoir fabriqué et diffusé de fausses informations et également d’avoir délivré aux perdants des élections de fausses attestations de victoire.

Ainsi, le Dr Aukot a affirmé : « Nous ne savons pas pourquoi la police traîne les pieds depuis que nous avons déposé nos plaintes. La police devrait avoir saisi la justice depuis que nous les plaintes ont été déposées (à la mi-janvier). Nous sommes contrariés du fait des conséquences politiques de cette situation que nous vivons actuellement ».

Rude bataille juridique en perspective

Pour sa part, Haroun Ndubi, un juriste spécialisé dans les questions relevant de la Constitution, a déclaré que les KPTJ avaient choisi de saisir la justice pour dénoncer le comportement du procureur général par rapport aux résultats proclamés à l’issue de l’élection présidentielle.

M. Ndubi a encore indiqué : “Nous voulons que le comportement des 22 commissaires fasse l’objet d’une enquête, notamment celui du président et des membres, qui, nous en sommes convaincus, ont conspiré ou participé à des agissements criminels relatifs à l’élection présidentielle de l’année dernière et qui ont provoqué les pertes en vies humaines et l’anarchie qu’il nous a été donné de constater dans le pays.

« Nous introduisons un recours en inconstitutionnalité du pouvoir discrétionnaire du procureur général. Nous nous attendons à une rude bataille autour de la question de l’ouverture de poursuites contre des personnes compte tenu du fait qu’il a fait usage de ses considérables pouvoirs pour défendre et promouvoir l’impunité », a-t-il ajouté.

En outre, Ken Nyaudi, de la Cour internationale de Justice, a fait valoir que la mise sur pied d’une commission vérité, justice et réconciliation permettra aux Kenyans d’identifier les éléments déclencheurs de la crise post-électorale et de faire des recommandations. M. Nyaudi a aussi déclaré que “contrairement aux commissions présidentielles, les commissions vérité et réconciliation sont à l’abri des humeurs de l’exécutif et, par conséquent, elles ont plus de légitimité aux yeux des populations ».