Les « Ciseaux d’or » de Solo Béton

Solo Béton, c’est une danse issue du mouvement « coupé décalé » parisien, mais c’est avant tout un personnage. D’aucuns le considèrent comme le Premier Ministre de la « Jet Set », un groupe de jeunes fêtards que préside le célébrissime Douksaga. Lui se veut simple lieutenant d’un mouvement dont l’objectif premier est de faire oublier aux mélomanes les tracasseries de la vie quotidienne. Souleymane Koné, avec son premier album, nous introduit dans son monde, où joie de vivre et bonne humeur sont garanties toute l’année, et où les armes et les palabres n’ont pas droit de cité. Attention, Solo Béton est arrivé !

Le vendredi 25 mars 2005, le restaurant African Grill, au 27 rue d’Enghien, dans le 10ème arrondissement de Paris, a servi de cadre au lancement du premier album de Solo Béton. Le protégé de William Le Parisien et du Prince Koffi y présentait son premier album, Ciseaux d’Or. Longtemps attendu par les aficionados de la mouvance « coupé décalé », ce premier album confirme l’union musicale qui soude les principaux acteurs de la « Jet Set », ce groupe de jeunes ambianceurs partagés entre Abidjan et Paris, et permet à Solo Béton d’entamer une carrière personnelle, à l’instar de ses collègues Boro Sanguy et Nino Versace. Preuve, s’il en est besoin, de l’importante créativité dont font preuve les créateurs d’un mouvement qui n’a de cesse d’étendre ses tentacules. La diaspora musicale est belle et bien présente, et Solo Béton vient nous prouver qu’elle n’a pas dit son dernier mot, lui qui a quitté sa Côte d’Ivoire natale pour connaître la rudesse du climat allemand, avant de connaître la consécration à Paris, capitale de la mode et de la nouvelle ambiance afro. Attention danger… le « bétonnier » s’exprime.

Afrik.com : Vous intitulez votre premier album « Ciseaux d’Or » pour marquer votre suprématie sur un mouvement que vos collègues de la « Jet Set » et vous avez institué, mais pourquoi avez-vous tenu à sortir un album solo ?

Solo Béton :
Le besoin de faire un album m’est venu par hasard, grâce, notamment, à une inspiration profonde que j’ai eue alors que je rentrais de boîte de nuit. Ce jour là, nous étions en « after party » dans un restaurant de la place en compagnie de Blekyss et de Ben Chicco, et ces derniers se sont mis à chanter. Machinalement, je leur ai emboîté le pas, sans doute guidé par l’inspiration. Etonné, ils m’ont félicité et encouragé à entrer en studio. Grâce à leur disponibilité et à leurs conseils, j’ai pu à mon tour m’exprimer…

Afrik.com : Concrètement, qu’est-ce-qui distingue votre album des autres productions se revendiquant de la mouvance « coupé décalé » ?

Solo Béton :
Musicalement parlant, pas grand-chose, sachant que le coupé décalé possède une base musicale, une couleur qui lui permet d’être facilement reconnaissable. En ce qui me concerne, je tente le plus possible de lancer des messages, en développant un certain nombre de thèmes. Par exemple, je parle du respect des femmes, de l’amour du prochain, de la paix en Côte d’Ivoire, de la misère que connaît le continent africain…Chaque morceau véhicule un message, et porte sur un thème qui me tient à cœur.

Afrik.com : Entre votre volonté de sortir un album et sa réalisation, combien de temps s’est écoulé ?

Solo Béton :
Environ huit mois et demi. On a passé cinq mois en studio, et trois entre le mixage et le bouclage final. Autant dire qu’on a pris notre temps. Sortir un produit de qualité a fait partie de nos priorités…

Afrik.com : L’album est sorti en France le 2 avril, c’est-à-dire une semaine avant son lancement en Côte d’Ivoire, qu’est ce que cela cache ?

Solo Béton :
Cela ne doit pas surprendre, dans la mesure où je vis en France. Il est donc évident que je fasse sortir mon album à Paris. Il n’y a aucun calcul derrière cela (rires)…

Afrik.com : Vous êtes un membre actif de la « Jet Set », vous avez même une danse qui porte votre nom, quelle est votre place au sein de ce mouvement ?

Solo Béton :
C’est un mouvement de jeunes, je ne saurais me donner une place précise au sein de cette communauté. Je n’ai pas de fonction fixe. La « Jet Set » est un groupe soudé, on est ensemble, on fait le show, on gère notre bizness, sans complexe. Il ne sert à rien de se prendre la tête avec de telles considérations, qui au fond ne sont pas d’une importance capitale. L’essentiel est qu’on soit ensemble. Mes amis me disent parfois que je suis le Premier Ministre, mais personnellement, je ne vois pas en quoi je pourrais l’être, vu que finalement nous sommes tous sur la même longueur d’onde. Quand la « Jet Set » se déplace, on le fait tous ensemble.

Afrik.com : Votre musique est très festive. Ne pensez-vous pas que cet excès de bonne humeur puisse rompre avec la souffrance du peuple ivoirien que vous représentez, d’une certaine manière ?

Solo Béton :
Je pense que même si dans un pays il y a des malentendus, et que la population en souffre, la sortie d’un album peut servir d’exutoire. Notre musique se veut un soutien pour les masses, afin qu’elles oublient leurs douleurs et souffrances quotidiennes. La guerre ne doit pas empêcher les gens de vivre, de se divertir…d’écouter de la musique. Par exemple, mon album se veut festif mais sérieux de part les thèmes abordés. La bonne humeur du « coupé décalé » nous permet de faire passer bon nombre de messages.

Afrik.com : A votre avis, le « coupé décalé » est un effet de mode ou un véritable style musical qui tend à s’installer et perdurer ?

Solo Béton :
Toute tendance musicale est périodique. Il en est qui restent cinq ou dix ans… ça dépend. Imaginons que quelqu’un sorte une nouvelle danse ou un nouveau style musical, peut-être que cela évincera le « coupé décalé », mais pour l’heure cela me semble impossible (rires) !

Afrik.com : Selon toi, y a-t-il une concurrence entre le « coupé décalé » et la musique congolaise ?

Solo Béton :
A mon avis, il n’y a pas de concurrence entre les deux courants musicaux. On remarque facilement que le « coupé décalé » emprunte des sonorités à la musique congolaise. Il y a de la rumba, du ndombolo… De même, en ce moment, on constate que beaucoup de Congolais s’inspirent du « coupé décalé ». En ce qui me concerne, je trouve mon inspiration un peu partout. Quand on se dit musicien, on se doit d’être éclectique. Dans mon album, on sent cette richesse et cet éclectisme.

Afrik.com : On vous dit « fashion », toujours bien habillé, est ce que l’apparence et la mode vestimentaire sont importantes pour vous ?

Solo Béton :
Les gens ont tendance à associer cela au succès. Mais il y a longtemps que mes collègues et moi sommes fashion. Il ne s’agit pas tant d’imposer son style, mais surtout de se sentir à l’aise…

Afrik.com : Avec la sortie de ce premier opus, qu’espérez vous pour vous et vos proches ?

Solo Béton :
J’espère pouvoir venir en aide aux orphelins et aux personnes âgées. J’ai l’intention de promouvoir la paix au maximum. Beaucoup plus personnellement, je compte faire de nombreux concerts, en solo, ou avec la « Jet’ ». On espère être toujours présents de part le monde, et représenter le mouvement le plus possible.

Afrik.com : Pouvez-vous nous donner des exclusivités au sujet de la « Jet Set Djs » ?

Solo Béton :
Concernant la « Jet’ », tout va bien, tout le monde se porte bien, est opérationnel et prêt à relever de nouveaux défis. D’ailleurs, samedi 16 avril, tous les acteurs du « coupé décalé » se sont réunis au Bataclan pour les 10 ans de « Couleurs Tropicales », l’émission de Claudy Siar.

Afrik.com : Un dernier message ?

Solo Béton :
Je demande à tous mes frères et à toutes mes sœurs en Côte d’Ivoire et de part le monde de voir quoi faire en faveur de la paix. Que chacun boive de l’eau glacée, afin de « glacer les cœurs » comme on dit au pays, afin que la paix revienne.