Les Chefs traditionnels nigériens contre le mariage précoce

L’Association des Chefs traditionnels du Niger s’est associée à l’Unicef-Niger pour sensibiliser les populations à renoncer à la pratique des mariages précoces, véritable fléau social dans le pays. Dans l’attente d’une législation adéquate.

Les Sultans, Chefs de Province, de Cantons et de groupements du Niger se sont engagés le 20 janvier dernier à  » agir sur la pratique du mariage précoce « . Autrement dit, à lutter contre ce phénomène, source de traumatismes physiques et psychologiques. Au Niger, près de 44% des femmes âgées de 20 à 49 ans contractent leur mariage avant 15 ans et à 10 ans, la jeune fille est déjà considérée comme bonne à marier.  » C’est un problème de très grande ampleur qui touche particulièrement les régions de Maradi et de Zinder « , explique-t-on à l’Unicef-Niger.

Ces mariages représentent la principale cause du taux de déperdition très élevé – entre 35 et 50% – que l’on observe dans le cycle scolaire des filles. Le Niger demeure le pays où le taux de scolarisation des filles est le plus faible du continent (27%) et, en ce sens, le mariage précoce peut être une véritable menace pour le développement du pays.  » Bien sûr, le fait que l’on enlève les filles très tôt de l’école est grave mais nous insistons surtout sur l’impact du mariage précoce sur la santé « , souligne l’Unicef.

Fistuleuses abandonnées

Traumatismes physiques, taux élevé de la mortalité périnatale et surtout apparition de fistules, une pathologie très handicapante.  » Dans chaque hôpital de la ville, il y a le quartier des fistuleuses « , explique l’Unicef-Niger.  » Ces femmes, rendues incontinentes, sont complètement abandonnées, mises au ban de la société.  » En 1998, 88% des femmes fistuleuses recensées au Niger avaient entre 10 et 15 ans.

Pour lutter contre le mariage précoce, source de divorces, de répudiation, de fugues, de prostitution et de marginalisation, et donc d’aggravation de la pauvreté chez certaines femmes, l’Unicef a signé un partenariat avec l’Association des Chefs Traditionnels du Niger (ACTN).  » Les chefs traditionnels sont bien structurés et surtout, ils sont mieux écoutés que les politiciens. Lorsque nous leur avons proposé ce partenariat, il n’y a pas eu de refus catégorique de leur part mais plutôt une incompréhension. La plupart sont fils et petits-fils de femmes ayant été mariées très jeunes et ils ne faisaient pas le lien avec les conséquences néfastes sur la santé.  »

Fixer un âge minimum

Du côté des Chefs traditionnels, on se félicite de cette initiative.  » Nous voulons alerter nos populations sur le danger que représentent ces mariages. Travailler avec l’Unicef nous a permis de trouver des arguments solides. Mais la sensibilisation doit déboucher sur des actions concrètes « , indique Amirou Garba Sidikou, secrétaire général de l’ACTN. En précisant :  » Il faut pratiquer la religion lorsqu’on est en bonne santé, c’est pourquoi nous devions nous pencher sur le problème.  »

L’ACTN souligne également le fait que l’Islam n’a fixé aucun âge pour le mariage ni pour le garçon ni pour la fille. Que la différence d’âge entre conjoints importe peu si l’agrément des deux personnes est obtenu. Et que dans tous les cas, le mariage ne doit jamais se faire contre l’intérêt matériel, moral, physique et socio-économique de l’un des conjoints. Il manque malheureusement une législation claire. Pour le moment, deux réglementations cohabitent : celle qui s’appuie sur la coutume et celle qui s’appuie sur le code civil, toutes deux très imprécises sur l’âge du mariage.

Le Forum National sur le mariage précoce du 20 janvier dernier (organisé conjointement par

Unicef-Niger et l’ACTN et ayant rassemblé 150 participants) a souligné la nécessité de fixer un âge minimum pour contracter le mariage et des sanctions pénales à l’encontre des auteurs et complices de ceux qui ne respecteront pas cette disposition juridique. D’autres mesures ont été envisagées : la réforme de l’article 260 du code pénal relatif au délit d’abandon de famille ou de foyer, pour y inclure le cas du mari qui abandonne son épouse pour cause de fistule consécutive à un accouchement et le renforcement de la peine en cas de détournement de mineure. Reste à faire passer cette nouvelle législation.