Les Boulistes, nouvelle série télé à la sauce congolaise

On reproche trop souvent à la télévision nationale congolaise, Télé-Congo, son manque de nouveauté et d’audace. Mais l’arrivée des Boulistes rafraîchit le petit écran…

Réalisée par deux jeunes réalisateurs talentueux, Nadège Batou et Amour Sauveur, la série composée de courts épisodes de 6 minutes raconte avec humour le quotidien d’une bande de copains à Brazzaville, sur fond d’intrigues amoureuses et d’inextricables quiproquos. Dès le générique où les protagonistes se rassemblent sur un canapé (l’accessoire incontournable de toute série qui se respecte), on pense aux sitcoms à l’américaine comme Friends ou How I met your mother. La série fonctionne en effet sur le dialogue à bâtons rompus, le rire et la succession d’anecdotes savoureuses : les stratagèmes désespérés d’un garçon imaginatif pour séduire sa belle, le scepticisme d’un patron qui découvre que son nouveau chauffeur est de « nationalité féminine », les malentendus du pourquoi et du comment de l’existence….

A l’origine du projet, Amour Sauveur qui en 2009 souhaitait d’abord proposer « une série à la sauce congolaise : pour les Congolais, qui traitent des problèmes du quotidien, avec notre vocabulaire », alors que le téléspectateur est noyé sous les productions d’Afrique de l’Ouest. « Le bouliste, c’est un mot courant qui veut dire celui qui a une imagination débordante, qui trouve toujours une solution à un problème, même quand il est dans la galère ». explique-t-il. « Pour moi, c’était aussi une manière d’impliquer des jeunes à être acteurs sur un projet artistique, alors que beaucoup, sachant que j’étais réalisateur, venaient me voir et me solliciter pour participer à mon travail ».

Pour la première saison, les moyens sont quasi inexistants et la production artisanale avec un vieux micro accroché à un manche à balai en guise de prise de son. Nadège Batou, coréalisatrice de la série, amène progressivement sa technique et un peu de matériel. « Ce qui est intéressant avec ce projet, c’est que nous progressons tous ensemble » explique-t-elle. « Sur le plan technique, l’équipe s’agrandit à chaque saison avec l’arrivée d’un cameraman, d’un scripte…Les acteurs progressent eux aussi avec une perspective de professionnalisation. Récemment, nous sommes partis avec l’un d’entre eux, Davy Landou, pour présenter la série dans un festival à Rotterdam. Une manière pour lui de découvrir la profession et se faire des contacts ». La troisième saison achevée en 2011 va bientôt être diffusée.

Sans en avoir l’air, les Boulistes invite aussi à la réflexion sur les questions de société qui agitent quotidiennement la société congolaise. C’est ce qui a poussé le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) à produire la seconde saison de la série, placée sous l’angle des discriminations contre les femmes. Pour Nadège Batou, « nous ne parlons pas de politique mais des questions sociales, celles auxquelles nous sommes confrontés tous les jours ». « Et l’humour est souvent le meilleur moyen de mettre le doigt là où ça fait mal », complète Amour Sauveur.

Bien sûr la série a les limites du genre sitcom et on remarque quelques maladresses surtout dans les premiers épisodes. Mais elle se savoure comme un bonbon acidulé, et on en redemande… Les festivals internationaux ne s’y sont d’ailleurs pas trompés. La série a été présentée au Festival Panafricain du Cinéma de Ouagadougou (FESPACO), au Short Film Corner du Festival de Cannes ainsi qu’au Festival du film de Rotterdam.

Il est surtout encourageant de voir des jeunes réalisateurs congolais se distinguer et relancer la production locale. En véritables « boulistes », les deux producteurs-réalisateurs débordent d’imagination et multiplient les projets. Nadège Batou travaille actuellement au Niger avec le réalisateur Sani Magori. Elle a souhaité partir à la rencontre des réalisateurs d’Afrique de l’Ouest pour mieux connaître l’univers de la production. Amour Sauveur n’est pas en reste. Il prépare déjà une nouvelle série, au nom plutôt loufoque encore une fois : « DSK » ! Rien à voir avec le responsable politique français ! Il s’agît des initiales des trois personnages principaux de la série : Dom, Sam et Kim…

Par Adrien de Calan