Les belles années du tabac partent en fumée

En dépit de bonnes récoltes de tabac cette année, les grands producteurs africains savent que le temps des restrictions a débuté. Au Zimbabwe, les perspectives sont encore assombries par la situation politique confuse.

Avec une production de 240 000 tonnes de feuilles de tabac et un chiffre d’affaires de 400 millions de dollars, la filière tabacole aurait tout lieu d’être satisfaite de sa campagne de vente 2000, qui s’est achevée vendredi 10 novembre. Les producteurs, qui sont à 70 % des fermiers blancs, se plaignent pourtant d’être entravés dans leurs démarches de développement, par les occupations de ferme qui se poursuivent.

Cette semaine encore, des soldats des Forces aériennes zimbabwéennes (AFZ) ont fait irruption dans plusieurs fermes de la province du Mashonaland-Oriental. Le journal Zimbabwe Gazette rapporte les témoignages de plusieurs fermiers qui se seraient vus empêchés de planter plus de la moitié de leurs semences de tabac. A terme, le coup sera dur pour l’économie du pays, troisième producteur mondial et qui tire 30 % de ses revenus de la feuille à fumer.

Moins de fumeurs partout

Les malheurs du Zimbabwe ne feront pas le bonheur de l’Ouganda. Le pays ne produit que 24 000 tonnes de tabac par an, mais sa production croissait, ces dernières années, de 30 à 40 % par an. On ne parle pas encore de déclin, mais les spécialistes ne croient plus que la croissance puisse se poursuivre. Situation identique au Malawi, un pays producteur de premier plan, dont le chiffre d’affaires lié aux plantations de tabac atteindra encore 142 millions de dollars US cette année. Mais les stocks s’accumulent déjà.

A Blantyre comme à Kampala, ce n’est pas la situation politique intérieure que l’on met en cause, mais plutôt la volonté de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de mettre un coup d’arrêt à la consommation mondiale de cigarettes. Chaque année, le nombre de fumeurs diminue dans les pays riches.

Les pays africains ne consomment sur place qu’une faible part de leur production de tabac (4 % en Ouganda). Et même en Afrique, la tendance est plutôt à la stagnation, voire à la régression comme en Afrique du Sud.