Les banlieues britanniques à feu et à sang

Plusieurs villes britanniques connaissent depuis samedi les émeutes les plus graves survenues dans le pays depuis 30 ans. La déferlante de violence a éclaté samedi à la suite de la mort de Mark Duggan, un jeune britannique noir de 29 ans, tué par la police. Les manifestations ont fait quatre morts. Le Premier ministre, David Cameron a déclaré que les coupables des « crimes » seront sévèrement punis par la justice. La communauté noire s’interroge sur cette flambée de violence.

Un calme relatif régnait mercredi à Londres qui a bénéficié d’importants renforts policiers, pendant que quatre autres villes du Royaume Uni ont affronté leur quatrième nuit d’émeutes. Armés de sceaux, de pelles et de brosses à poussière, les londoniens volontaires ont entamé le nettoyage de leurs rues dévastées. A Manchester, Bristol, Liverpool, Birmingham, les quatre autres villes britannique où se sont étendues les violences commencées samedi à Tottenam, une banlieue de Londres, même scène de désolation. Des incendies impressionnants, des quartiers plongés dans le chaos, des centaines de véhicules brûlés, des magasins éventrés et pillés. Dans la nuit de mardi à mercredi à Birmingham, la deuxième ville du pays où un commissariat avait déjà été incendié, trois personnes sont mortes écrasées par une voiture, qui aurait volontairement foncé sur eux, alors qu’ils sortaient d’une mosquée. Ils faisaient partie d’un groupe d’autodéfense de Sikhs musulmans habitant le quartier. Un acte criminel qui porte à quatre le nombre de morts, depuis le début des émeutes. Une première personne avait été tué par balle mardi alors qu’elle roulait dans sa voiture à Londres. Près d’un millier de personnes, dont des gamins, ont déjà été interpellés.

La mort d’un jeune noir déclenche les émeutes

Les troubles ont éclaté samedi Tottenham près de Londres, à la suite d’une marche pacifique de protestation, après la mort de Mark Duggan, un jeune britannique noir de 29 ans, lors d’une altercation avec la police. Mark Duggan a été tué par balle jeudi dans ce quartier multi-ethnique et défavorisé du nord de Londres, lors d’une descente de la police contre la criminalité dans la communauté noire. Selon la commission d’enquête indépendante mise en place après le drame et qui a eu accès au rapport d’expertise balistique, la victime n’a pas ouvert le feu la première contre les policiers, comme cela avait été cru au départ. Assez populaire à Broadwater Farm Estate, la cité dans laquelle il vivait,le jeune Britannique était connu sous le nom de « Starrish Mark » (Mark la Star). La presse britannique le soupçonne d’avoir eu des liens avec des gangs londoniens.Une arme n’appartenant pas aux policiers a été trouvé sur le lieu de sa mort. Cependant, ses proches l’ont décrit comme un « bon père de famille » de quatre enfants.

Masqués et cagoulés, les émeutiers se sont livrés à des actes de vandalisme et de pillages. Ils se donnent rendez-vous sur les réseaux sociaux et affrontent la police en face à face. Mardi, le Premier ministre anglais, David Cameron, a interrompu ses vacances en Italie pour regagner Londres. « Vous allez bientôt ressentir ce qu’est la toute puissante de la loi. Car si vous êtes assez grands pour commettre ces crimes, alors vous êtes assez grands pour en subir les châtiments. Je voudrais dire à ces personnes: vous n’êtes pas seulement en train de ruiner la vie des autres, vous n’êtes pas seulement en train de ruiner votre propre communauté, vous êtes en train de ruiner votre propre vie », a avertit le Premier ministre mardi, lors d’une descente dans un quartier dévasté. Dans la foulée, La sécurité de la capitale a été renforcée avec l’arrivée de 10 000 policiers qui se sont joints au 6 000 agents habituellement chargés de la sécurité dans la ville. Tous les policiers en vacance ont été rappelé.

Si on connait l’incident déclencheur des émeutes, les avis restent partagés les causes de l’embrasement de la situation. Élu de l’opposition travailliste, Chuka Umunna a déclaré que « la colère et la frustration résultant de la mort tragique » de Mark Duggan n’excusent en rien les violences. « C’est choquant, c’est complètement gratuit et c’est totalement inacceptable » a-t-il martelé. Nick Clegg, le numéro deux du gouvernement a vivement condamné lundi à Tottenham cette « vague de violence gratuite », qui n’a « absolument rien à voir avec la mort de Mark Duggan ». De son côté, le maire-adjoint de Londres, Kit Malthouse, a déclaré sur la BBC que les émeutiers sont des « opportunistes ». « Ce n’est en rien de la protestation, c’est purement et simplement criminel. Les politiques et les médias doivent veiller à ne pas trouver d’excuse pour ce qui s’est passé », s’est-il écrié.

La communauté noire en question

La communauté noire de Londres cherche également des éléments de réponse. « Je n’appelle pas cela une émeute, c’est une rébellion », a laissé entendre Osagyefo Tongogara, un militant de la communauté noire. «Les gens sont en colère et frustrés. S’il y a dans une communauté un fort taux de chômage et une réduction des aides sociales, voilà ce qui se passe », a-t-il ajouté. Pour Gus John, professeur à l’Université de Londres, spécialiste des questions raciales au Royaume-Uni, la communauté noire de Grande Bretagne doit faire son examen de conscience. « Il faut se demander pourquoi ces jeunes se comportent comme ça. Pourquoi la majorité des délinquants en Grande-Bretagne sont-ils jeunes et noirs ? », a-t-il réagi, interrogé par l’AFP. Il a expliqué que les forces de polices sont intervenues à Tottenham pour mener une opération « apparemment légitime » destinée à prévenir les actes de violence entre les jeunes noirs. Et le spécialiste de s’interroger : « Comment la communauté noire peut-elle vouloir mettre un terme à ce genre de violence et ensuite, quand on s’y attaque, réagir de la sorte ? »

Le député noir de Tottenham, David Lammy, a déclaré dimanche que sa communauté avait « le cœur totalement meurtri…par des gens stupides et insensés dont beaucoup ne viennent pas de Tottenham mais d’un autre quartier et avec la seule intention de commettre des violences ». Il a réitéré l’appel au calme lancé par le frère aîné de Mark Duggan, Shan Hall. Celui-ci avait déclaré dimanche que sa famille ne soutenait «en aucun cas les émeutes », et n’acceptait pas que « ces violences soient commises au nom de [son] frère ». « Je sais que les gens sont frustrés, ils sont en colère en ce moment, mais je vous dis: s’il vous plaît arrêtez » avait-t-il supplié. David Cameron a déclaré mercredi que les policiers allaient faire usage du matériel adéquat, notamment les matraques et les camions à eau, pour repousser les émeutiers.