Les artistes sénégalais en colère

Mutuelle, titularisation, retraites, les artistes sénégalais sortent de leur long mutisme pour demander un statut. Ils tirent la sonnette d’alarme sur leur situation sociale.

 » J’ai passé près de 30 ans à Sorano (Théâtre national Daniel Sorano, ndlr) et je n’arrive pas à nourrir correctement ma famille !  » s’indigne le comédien Charles Foster, délégué des artistes de la Confédération des syndicats autonomes (CSA). Après des années de luttes silencieuses et de conflits larvés, les artistes sénégalais ont décidé de mettre sur la place publique leurs revendications. Si quelques chanteurs arrivent relativement bien à vivre de leur art, si certains ont même fait fortune, la plupart des artistes sont dans une situation précaire.  » Tout le monde n’est pas Youssou N’dour. Les comédiens vivent d’expédients, même les plus célèbres acteurs de théâtre sont dans la nécessité. La gloire ne donne pas le pain au Sénégal « , s’offusque un autre comédien du théâtre national.

Du rêve à la réalité

Dès qu’ils ont quitté les planches, les artistes se retrouvent démunis, ou pris en charge par des organismes publics ou privés. Les artistes du Théâtre national Daniel Sorano (TNDS) demandent une hausse des salaires, le recrutement effectif des pensionnaires, la retraite à 60 ans et le règlement définitif du statut de leur établissement, pour l’instant hybride, proche de parapublic sans l’être vraiment.  » Dès qu’un artiste sort de la scène, il prend sa retraite ; il va à la mort. Ce n’est pas une affaire politique ; les artistes eux-mêmes doivent s’unir, être solidaires « , s’exclame Charles Foster. L’artiste se dit déçu du comportement de ses confrères dans l’affaire de la styliste Oumou Sy, soupçonnée de proxénétisme. La pétition demandant sa libération n’a pas reçu beaucoup de signatures d’artistes.

 » Nous sommes les ambassadeurs du Sénégal, il faut qu’on nous respecte.  » Les artistes ont décidé de s’en remettre au président Abdoulaye Wade.

Christian Malongo