Les artistes, des faiseurs de paix en Afrique ?

Durant les conflits en Afrique, il n’est pas rares que les artistes décident de prendre position et de se mobiliser pour apaiser les tensions à travers notamment la musique. Cela a été le cas notamment lors du conflit au Mali mais aussi durant les soubresauts politiques que le Burkina Faso a connus. Durant le Festival Visa for music, qui s’est achevé le 14 novembre, la question du rôle de l’artiste durant les conflits a été posée lors d’un atelier.

A Rabat,

Les artistes et les acteurs culturels ont-ils vocation à réconcilier les communautés humaines ? L’artiste doit-il rester neutre dans les conflits ? A-t-il vocation à réconcilier les cultures ? Quel rôle peut-il jouer au sein de la société ? Tant de questions soulever lors d’un atelier, animé par Laëtitia Chantrait, chargée de projet à l’institut français, au Festival Visa for music, qui s’est achevé le 14 novembre. En Afrique, les artistes sont souvent intervenus lors de conflits pour tenter d’apaiser la situation, notamment à travers leur musique, ou des chansons qui touchent les populations. Cela a été le cas lors du conflit au Mali, où de nombreux artistes du pays se sont regroupés pour appeler à la paix et à la réconciliation. De même, lors des soubresauts politiques au Burkina Faso, les artistes n’ont pas hésité à se constituer en collectif pour rappeler que les intérêts de leur pays doivent passer avant tous les autres.

Pour Ansar Mohamed Aly, directeur du Festival du désert, qui est intervenu à l’atelier, « depuis très longtemps les artistes sont beaucoup plus influents qu’on ne le pense. L’artiste a bien évidemment un rôle dans la société, il s’interfère dans le règlement de conflit. Il joue un rôle beaucoup plus importants que le divertissement ». Selon lui, il ne faut aussi pas oublier « que les artistes ont été les premières victimes du conflit malien lors de la prise du nord du pays par le groupe terroriste, qui ont interdit l’écoute de la musique et l’organisation de festivals.»

Mais malgré le conflit au Mali, « les artistes ont été les premiers à se lever pour se regrouper, souligne Mohamed Doumbia, administrateur du Festival sur le Niger à Ségou. Cela a été le cas d’artistes comme la malienne Fatoumata Diawara lors du Festival, qui leur a permis de faire le tour de la sous-région pour appeler à la paix au Mali ».

Pour le rappeur burkinabè Smockey, un des leaders du mouvement Le Balai citoyen, « avant d’être des artistes on est d’abord citoyen. Et tout citoyen doit s’impliquer en politique pour contribuer au développement de son pays, estime Smockey. les artistes ont intérêt à ce que le pays soit en paix pour pouvoir continuer à chanter. La preuve est que que lors d’un meeting politique, on fait souvent venir les artistes pour remplir les stades sinon les gens ne se déplacent pas.» Selon le rappeur burkinabè, « la population est en effet toujours prête à se déplacer et payer de sa poche pour voir se produire un artiste sur scène mais est plus réticente à écouter des discours de politiques. Tout cela prouve bien l’importance du rôle de l’artiste au sein de la société.»