Les agrumes marocains dans la tourmente

Les agrumes marocains s’exportent mal. Motif : une compétitivité en berne suite au renchérissement du Dirham face à l’Euro. A elle seule, l’Europe absorbe 60% de la production nationale. Pour Ahmed Darrab, secrétaire de l’Association des producteurs d’agrumes marocains (APAM), le salut passe par un système de subventions gouvernementales. Interview.

La moitié des 1, 2 à 1, 4 millions de tonnes d’agrumes produites chaque année au Maroc, est destinée au marché européen. Problème : depuis deux ans, le renchérissement du Dirham face à l’Euro entame sérieusement la compétitivité des producteurs chérifiens. L’Association des producteurs d’agrumes marocains (APAM) regroupe 80% des acteurs nationaux. Pour Ahmed Darrab, son secrétaire général, c’est au gouvernement d’agir. L’APAM, épaulée par l’ensemble des secteurs exportateurs du pays, plaide pour une indemnité compensatoire afin de rééquilibrer les termes de l’échange. Contacté par Afrik, le ministère marocain de l’Agriculture n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet.

Afrik.com : Quelle serait la solution pour enrayer la crise actuelle des exportations marocaines d’agrumes ?

Ahmed Darrab : Depuis deux ans, le Dirham est devenu plus fort face à l’Euro. Cette situation pénalise très fortement nos exportations. Nos produits sont devenus trop chers pour l’Europe qui est notre premier partenaire commercial. La solution toute trouvée aurait été, purement et simplement, une dévaluation du Dirham pour rétablir notre compétitivité à l’exportation. Mais cela impliquerait aussi un renchérissement de la dette extérieure du pays, un alourdissement de la facture pétrolière marocaine, et en fin de compte, serait source d’inflation.

La faiblesse de l’Euro handicape l’ensemble des secteurs exportateurs du pays, comme le textile, le cuir ou l’agro-alimentaire. Ensemble, dans le cadre de la Confédération générale économique marocaine (organisation patronale. Ndlr) nous faisons front commun pour obtenir du gouvernement une compensation financière afin de couvrir nos prix de revient et pour dégager une marge pour vivre. Jusque-là, nos doléances sont restées lettre morte.

Afrik : Mais pour l’heure, qu’en est-il de la situation actuelle des exportations ?

A.D : Nous avons été obligés de réduire le tonnage exporté. Et pour obtenir les meilleurs prix, nous ne proposons que notre meilleure qualité. Nous nous rabattons sur les usines de transformation et sur le marché local pour vendre notre production. Mais le marché international du jus et du concentré est écrasé par les géants argentins ou américains. Et puis en gonflant l’offre intérieure d’agrumes, nous tirons les prix, déjà faibles, vers le bas.

L’année dernière, la campagne d’exportations 1999-2000 (de fin octobre au début juin) nous avait occasionné une perte de 400 millions de dirhams (plus de 266 millions de FF). Si nous continuons à produire à perte, nous ne pourrons pas aller bien loin. Nous sommes dans l’expectative, la balle est dans le camp de l’Etat.