Les afrodescendants boliviens souhaitent préserver leur culture

La communauté afrobolivienne souhaite réaffirmer son identité dans le pays, même si elle ne peut ignorer l’avancée du métissage. Un travail de plusieurs années lui a permis d’obtenir la reconnaissance et d’éviter qu’on appelle ses membres des nègres.

“Quand on tombe amoureux d’une personne de culture différente, on ne peut rien faire contre cela, c’est simplement que l’amour est là ”. C’est ainsi que Marfa Inofuentes une des leaders du Mouvement Afrobolivien a débuté son commentaire.

La communauté afro descendante est très inquiète , car entre décembre 2004 et le jeudi 24 septembre dernier, il y a eu jusqu’à 13 décès (en son sein), de personnes presque tous parentes des membres du Mouvement Afrobolivien.

Pour Jorge Medina, leader des hommes, la mort n’est qu’un adieu “virtuel”, puisque le corps est enterré et l’esprit reste roder pour protéger ceux qu’il a laissés. La communauté reçoit l’esprit, par le biais du Mauchi, une cérémonie spéciale durant laquelle des strophes sont chantées en langue africaine. Les célibataires et les enfants n’ont pas le droit d’entonner les chants, car ce sont encore de petits anges”.

Au cours d’une rencontre de jeunes afrodescendants dans les Yungas est ressorti au grand jour un thème de grand débat, comme l’indique Marfa Inofuentes.

“Une préoccupation a fait jour : le fait que nous sommes en train de disparaître, je ne sais pas pourquoi nous les femmes nous n’aimons pas les hommes noirs et eux n’aiment pas les femmes noires, si nous ne nous entendons pas mieux entre hommes et femmes afro descendantes, au bout du compte notre population va disparaître en quelques années ; mais il peut encore y avoir un processus de conscientisation, surtout avec les jeunes ”, commente-t-elle.

Pour l’historien Fernando Cajías le métissage ne doit pas faire craindre la disparition.

“Il s’agit d’un métissage dans lequel la culture forte est toujours celle afrodescendante, et non l’autre. C’est à dire que les enfants des afrodescendants continuent de danser la saya, ils s’imposent. L’origine ne se limite pas à la couleur de la peau, c’est aussi un sentiment”, affirme-t-il en rappelant une sagesse colombienne qui dit que la culture afro est propre aux gens de peau chocolat, mais aussi à ceux qui ont un cœur en chocolat. “Je me considère comme quelqu’un ayant un tel cœur”.

En 1997, un dénombrement a été effectué sur plus de 90% du territoire national par la Banque Interaméricaine de Développement (Banco Interamericano de Desarrollo, BID). Il a révélé l’existence de 20.000 afro boliviens.

“Nous pensons que nous sommes environ 32 000”, indique Marfa qui se plaint que le dernier recensement ne les ait pas pris en compte. L’Institut National de Statistique a pris un engagement envers ce groupe qui réclame une place. En 2006, un recensement spécifique sur sa population sera effectué.

La race afro descendante est dispersée dans tout le pays, mais la majeure partie d’entre eux est concentrée dans la région des Yungas, principalement à Chicaloma, Coripata et Tocaña.

“Nous avons dans la communauté plus de jeunes, plus d’enfants et d’adultes. Nos anciens sont nos bibliothèques, mais il n’en reste désormais que très peu”, raconte le leader, qui jusqu’à ses 18 ans ignorait la puissance des rythmes cadencés de la saya qu’il a hérité de ses ancêtres.

“Peut-être que nous ne nous serions jamais unis si ce n’était pas par le biais de la musique. C’est comme ça que nous avons pu arriver où nous sommes, notre langage c’est la musique”.

Malgré la musique, dans la région des Yungas, avant la mise sur pied du Mouvement Afrobolivien, il existait entre eux-mêmes une certaine distance et un rejet. “Ceux du nord ne supportaient pas ceux du sud, mais par le fait de danser la saya et de sauvegarder par l’oralité des anciens, les tenues vestimentairs, les mouvements et le sens que tout cela revêt, nous nous sommes rendus compte que nous devions être unis ”, souligne-t-elle.

Le seul langage entre eux et les autres c’est la musique

“Avec la musique nous nous exprimons, nous revendiquons, nous réclamons(…)”.

En 1994 eu lieu la première rencontre des afro descendants au pays. Aujourd’hui ils cherchent à gagner des places là ou ils sont reconnus, au delà du football et de la saya afro bolivienne.

Personnalités Afrodescendantes

Même si dans l’histoire officielle il n y a aucun héros afrodescendant, l’historien Fernando Cajías affirme que le mulâtre Franciscote a brillé par son courage durant le processus d’indépendance de la Bolivie. Durant le XXème, personne de cette race ne se distingue, mais au sein des populations Yungas, on fait référence à Pedro Andaverez de Chicalomo qui aurait sauvé la vie de l’ancien maire, le général Armando Escóbar Uría.

Même si elle ne gravite pas sur la vie du pays, on peut citer la famille Pinedo. Des rêves de liberté et de reconnaissance sociale ont germé au sein d’elle. Comme élément de la tradition africaine a surgi le roi Bonifacio Pinedo, dont Julio Pinedo a hérité du trône. Son fils lui sucédera. Le catéchiste de Tocaña Luis Inofuentes se distingue également. Les footballeurs comme les frères Iriondo, ainsi que Castillo, Natalio Flores ou encore Demetrio Angola ont quand à eux obtenu une reconnaissance au niveau national.

Les afro descendants réclament de plus la paternité du Yungueñito. Ils décrivent le long processus par lequel l’alcool, la cannelle et la sultanine deviennent élixir.

L’historien Fernando Cajías distingue quatre périodes dans l’histoire de la race afro bolivienne. L’arrivée dans la Colonie, jusqu’à la Guerre d’Indépendance, durant laquelle la figure du caudillo mulâtre Franciscote se distingue.

La seconde étape, avec Bolivar qui avec la Constitution Politique de 1825 établit la liberté des esclaves, cependant cette liberté tarde à se matérialiser, et 20 ans après le discours, le gouvernement Manuel Isidoro Belzu instaure la liberté (effective) des esclaves.

“À partir de ce moment, la population noire se déplace dans les Yungas et change de condition (sociale), en passant du statut d’esclave à celui d’ouvrier (agricole)”, indique Cajías.

L’avènement de la Réforme Agraire a transformé les afroboliviens en propriétaires de petites propriétés de particulièrement de plantations de coca.

Pour Cajías, l’étape actuelle correspond à la quatrième période, marqué par la diaspora, la migration dans les villes à la recherche du travail et de l’éducation.

“La plus grande caractéristique de cette période c’est l’émergence de la prise de conscience de la culture afro. Le Mouvement permet une auto affirmation de sa race”.