Les activistes du sida se font entendre à la conférence sur la santé en Afrique du Sud

Les plans d’action en faveur de la lutte contre le VIH/SIDA, la tuberculose et le paludisme arrêtés l’année dernière lors de précédentes conférences, ne figuraient pas à l’ordre du jour de la troisième session de la conférence des ministres de la Santé ouverte lundi à Johannesbourg, ont déploré des activistes du sida.

Prévue du 9 au 13, la conférence a été organisée par l’Union africaine (UA). Les participants examineront pendant cette semaine l’avant projet d’une stratégie de santé pour les huit prochaines années, afin de produire une feuille de route pour le renforcement des capacités des systèmes de santé en Afrique et d’aider le continent à atteindre d’ici 2015 les Objectifs du millénaire pour le développement fixés par les Nations Unies, dans le domaine de la santé.

Mais selon une coalition de 53 organisations de lutte contre le sida et associations de la société civile, l’avant-projet n’inclut pas un certain nombre de plans d’action définis dans le cadre de l’objectif de l’accès universel à la prévention, aux traitements et aux soins contre le VIH/SIDA. Ces plans avaient été arrêtés et acceptés par les gouvernements africains lors du Sommet extraordinaire de l’UA sur le VIH/SIDA, la Tuberculose et le Paludisme tenue à Abuja, au Nigeria, en mai 2006.

« Nous pensons que prendre de nouveaux engagements serait une perte d’énergie, alors que l’année dernière à Abuja, tous les participants à la conférence ont eu en leur possession un document bien pensé et très détaillé », a déclaré mardi à la presse Olayide Akanni de Journalists Against AIDS, une organisation nigériane membre de la coalition. « La stratégie de santé qu’on nous présente aujourd’hui ne comporte ni de chronogramme ni plan de suivi-évaluation, et il n’y a rien qui les obliger à la respecter ».

Une pétition a été rédigée. Elle reprend toutes les préoccupations de la coalition et invite les participants à s’inspirer du document d’Abuja pour orienter leurs discussions à la conférence de Johannesbourg. En outre, elle exige des gouvernements africains qu’ils « traduisent leurs engagements en actes ».

Selon Akanni, peu de progrès ont été réalisés jusqu’à présent par rapport aux plans d’action d’Abuja qui prévoit notamment un taux de couverture du traitement antirétroviral (ART) de 80 pour cent, d’ici 2010. Or, actuellement, la plupart des pays du continent présentent un taux de couverture d’ART inférieur à 30 pour cent.

Une pétition qui met les gouvernements africains face à leurs responsabilités

La pétition a également souligné, que les gouvernements africains, à l’exception de deux d’entre eux, n’ont pas atteint l’objectif de 15 pour cent fixé pour les dépenses de santé, comme convenu en 2001.

Entre autres points, la coalition souhaiterait que la conférence de cette semaine traite de plans d’action régionaux pour lutter contre la violence basée sur le genre, développer les services de prévention du VIH et renforcer les règles de contrôle des médicaments afin de les rendre plus sûrs et plus abordables. Elle souhaiterait également que les délégués se penchent sur les implications sanitaires de la crise politique et économique au Zimbabwe.

Se référant au thème de la conférence qui porte sur le renforcement des systèmes de santé, la pétition soutient que « le développement rapide des services de lutte contre le sida ne compromet pas les systèmes de santé, puisque le sida peut servir de vecteur au renforcement des soins de santé primaires en Afrique ».

Alors que les groupes de la société civile avaient été étroitement associés au Sommet d’Abuja, Regis Mtutu de la South African Treatment Action Campaign, un groupe d’activistes impliqués dans la lutte contre le sida, a dit de la conférence de cette semaine qu’elle « ne repose sur rien ». « Nous ne sommes pas contre les gouvernements, mais nous avons le droit de nous opposer à eux. Nous voulons juste voir des vies sauvées », a-t-il déclaré.

La pétition, signée par l’ensemble des 53 membres de la coalition, sera remise le mercredi au Palais des congrès de Sandton à Johannesbourg, où se tient la conférence de l’UA.

Photo: TAC