Le Zimbabwe veut indemniser 800 fermiers blancs

Le gouvernement zimbabwéen a annoncé, jeudi, qu’il comptait indemniser 800 fermiers blancs expulsés de leur propriété dans le cadre de la réforme agraire de 2000. Les autorités l’ont déjà fait pour quelque 200 exploitants, mais certaines organisations estiment que les sommes allouées sont bien en deçà de la valeur des biens perdus.

Le ministre zimbabwéen des Terres, de la Réforme Agraire et de la Réinstallation relance l’indemnisation des fermiers blancs expulsés de leurs terres. Publiée dans plusieurs journaux locaux, une liste de 800 fermiers indique quelles exploitations sont concernées par le programme. Le Secrétaire aux Terres, Ngoni Masoka, explique que « les anciens propriétaires ou leurs représentants doivent contacter d’urgence » le ministère afin de recevoir une note concernant l’indemnisation des terres perdues.

« 204 fermiers indemnisés depuis 2000 »

« Les autorités parlent d’indemnisation de la terre, mais il s’agit en fait de l’indemnisation de toutes les infrastructures réalisées sur cette terre », souligne Emily Crookes, responsable des relations publiques et de la communication du Syndicat des fermiers commerciaux, qui regroupe principalement des fermiers blancs. L’Etat estime en effet que la terre lui appartient et que les Blancs s’en sont appropriés des parcelles lors de l’époque coloniale britannique. D’où la réforme agraire de 2000, destinée à redistribuer les terres aux Noirs pour réparer « l’injustice » qui leur a été faite.

Ce n’est pas la première fois que les autorités publient une telle liste. « Certains noms ont été publiés au moins deux fois, commente Emily Crookes. L’un des membres de notre syndicat nous a expliqué que la première fois qu’il a vu son nom, il a approché le ministère et leur a demandé de mettre par écrit ce qu’ils proposaient comme indemnisation : il ne l’a jamais fait. Mais 204 fermiers ont été indemnisés. »

« 10% de la valeur des biens indemnisés »

La majorité de ceux qui ont accepté sont âgés et ont accepté par désespoir, n’ayant pas suffisamment de ressources pour refuser. « Nous sommes évidemment très contents des compensations, mais nous préférerions que les sommes indemnisées correspondent à la valeur des biens sur le marché, et ce en tenant compte de l’inflation (plus de 1 000%, ndlr). Si on généralise, les personnes indemnisées ont reçu 10% ou un peu moins de ce que valent leurs biens », poursuit Emily Crookes. Le lobby Justice pour l’agriculture estime pour sa part que le pourcentage se situe entre 5% et 10%.

C’est pourquoi ceux qui sont plus à l’aise financièrement espèrent une meilleure offre. Mais il y a peu à parier qu’ils seront satisfaits. Justice pour l’agriculture estime que pour rembourser honnêtement les quelque 4 100 exploitants expulsés il faudrait environ 22 milliards d’euros, sans compter entre près de 6 et 8 millions d’euros de dommages et intérêts. Une somme que ne peut se permettre de payer le pays, notamment en proie à une pénurie alimentaire. Une pénurie que certaines agences humanitaires attribuent à la réforme agraire, car des exploitations ont été allouées à des Zimbabwéens qui n’avaient aucune expérience de la terre.

Aujourd’hui, il ne resterait que 900 agriculteurs blancs au Zimbabwe, qui ont dû pour la plupart revoir leur production agricole à la baisse. Ils ne sont pas à l’abri car des avis d’éviction sont toujours distribués à travers le pays, selon Emily Crookes. Et ce bien que les autorités étudient par ailleurs les demandes de 200 fermiers blancs qui souhaitent poursuivre leur activité. Quant aux exploitants expulsés, ils se sont reconvertis, ont quitté le continent africain ou tenté leur chance en Zambie, au Nigeria ou encore au Mozambique. Mais ils n’oublient pas ce qu’ils ont perdu : lorsque des délégués du Syndicat des fermiers commerciaux voyagent à l’étranger, les exilés leur demandent où en est le processus d’indemnisation.