Le VIH/SIDA, une catastrophe ?

A première vue, offrir des services liés au VIH/SIDA aux personnes qui fuient pour échapper à un conflit armé ou aux conséquences d’une catastrophe naturelle semble trop compliqué, lorsqu’on tente en plus de pourvoir aux exigences immédiates d’une situation d’urgence.

En négligeant les besoins des personnes touchées par le VIH dans ces situations, les organisations humanitaires risquent toutefois de causer encore plus de dégâts, selon l’édition 2008 du Rapport sur les catastrophes dans le monde, publiée le 26 juin par la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR).

Cette année, le rapport porte sur le VIH/SIDA (c’est la première fois que ce rapport traite d’une seule et unique maladie) ; selon ses conclusions, négliger les besoins particuliers des personnes vivant avec le VIH/SIDA risque d’augmenter le risque de voir apparaître d’autres maladies et « d’aggraver la situation ».

Selon la FICR, « l’épidémie du sida est une catastrophe à de nombreux égards », et bien qu’il serait fallacieux de parler de catastrophe mondiale, l’épidémie pourrait sans aucun doute être qualifiée de catastrophe dans environ 14 pays.

« Au Swaziland, par exemple, 26 pour cent de la population (un adulte sur quatre) sont séropositifs. Il s’agit là du taux de prévalence du VIH le plus élevé du monde […] C’est une catastrophe ».

Mais le VIH est également une catastrophe pour bon nombre de groupes de population marginalisés, dans certains pays à faible prévalence (notamment les consommateurs de drogue par injection, les hommes qui ont des rapports sexuels avec d’autres hommes, et les travailleurs sexuels), où ces groupes sont stigmatisés et souvent hors la loi, et sont davantage exposés au risque de contracter le virus, selon la FICR.

Fuir pour échapper aux conflits

À mesure que les traitements contre le VIH deviennent plus répandus, les organisations humanitaires devraient se préparer aux situations d’urgence dans lesquelles des milliers de personnes sous traitement antirétroviral (ARV) sont forcées de fuir la région dans laquelle elles reçoivent leurs médicaments et leurs services, selon le rapport.

« Que nous le voulions ou non, les personnes atteintes de VIH emportent le virus avec elles lorsqu’elles voyagent, lorsqu’elles sont déplacées, et c’est pourquoi la communauté humanitaire doit répondre à leurs besoins », a déclaré à la presse Patrick Couteau, responsable VIH à la FICR pour l’Afrique australe, le 25 juin.

En Afrique australe, où environ un million de personnes meurent de maladies liées au sida chaque année, les déplacements de population sont une question particulièrement pertinente. Plusieurs millions de personnes ont en effet migré aux quatre coins de la région pour des raisons économiques ou autres, tandis que des milliers d’autres ont été déplacées en Afrique du Sud du fait des agressions xénophobes dont ont récemment été victimes les immigrés, et d’autres encore sont retournées, depuis lors, dans leurs pays d’origine.

Selon Françoise Le Goff, qui dirige la zone Afrique australe au sein de la FICR, ces bouleversements sont « absolument catastrophiques » pour les personnes séropositives, qui ont un accès limité à l’eau potable et aux vivres, et ne sont plus en mesure de se procurer leurs médicaments ARV, ni lorsqu’elles sont en cours de déplacement ni après s’être installées dans les camps ouverts par le gouvernement.

« Ce qu’il faut retenir, c’est qu’en matière de VIH, nous ne parvenons pas à garder le rythme face à la complexité de ce qui est encore une catastrophe en pleine évolution, et nous luttons pour intervenir de manière efficace », a ajouté M. Couteau.

Lorsque les catastrophes frappent

On se souviendra de l’année 2007 comme d’une année particulièrement désastreuse, marquée par un nombre exceptionnellement élevé de catastrophes naturelles : en Afrique, 23 pays ont été frappés par des inondations parmi les plus graves jamais observées ces dernières décennies ; et en Asie, des dizaines de millions de personnes ont été touchées par les crues qui ont submergé le Bangladesh, l’Inde, le Népal et la Chine.

Les scientifiques ont prédit que les catastrophes naturelles deviendraient plus fréquentes et plus graves, en raison du réchauffement climatique.

Comment le VIH s’inscrit-il dans tout cela ? Selon le rapport, s’il est effectivement « impossible » d’établir un lien direct entre la mortalité liée au VIH et les catastrophes naturelles qui ont eu lieu en 2007, « ces événements ont sans aucun doute eu des répercussions négatives sur des millions de personnes vivant avec le VIH ou touchées par le virus ».

Les personnes séropositives souffrent des mêmes conséquences que les autres, mais certains problèmes les touchent d’autant plus. « Tout le monde souffre lorsqu’une catastrophe perturbe l’approvisionnement en médicaments, mais chez une personne sous traitement antirétroviral, toute perturbation du régime médical est susceptible de provoquer une résistance au traitement », pouvait-on lire dans le rapport.

« La rareté des vivres est difficile pour tous, mais chez une personne vivant avec le VIH, la malnutrition est susceptible d’accélérer la progression de l’infection ».

Selon le rapport, la situation actuelle de l’épidémie mondiale risquerait d’évoluer si le changement climatique provoquait des déplacements de population importants entre des zones aux taux de prévalence du VIH extrêmement différents.

Mais il est toujours difficile d’éviter que le VIH ne disparaisse des plans d’action en situation d’urgence, où tant d’autres priorités urgentes sont à prendre en compte. « Dans les contextes les plus pauvres et les plus dévastés […] les problèmes sont extrêmement profonds, et le soutien aux programmes est insuffisant ».

La FICR a exhorté les organisations humanitaires à planifier leurs interventions d’urgence en tenant compte de la prévalence du VIH dans la région sinistrée ; elle a également appelé à renforcer les capacités des institutions existantes à supporter la catastrophe, et à remettre en place des services de santé ô combien nécessaires, le plus rapidement possible.

« En même temps, l’aspect développemental des interventions VIH doit être pris en compte, surtout dans les régions à risque chronique », toujours selon le rapport. « Le VIH/SIDA est une crise à long terme. Certes, l’aide humanitaire a un rôle à jouer, mais les organisations devraient reconnaître qu’elle ne représente qu’une partie d’une intervention plus globale, et devraient être claires sur ce qu’elle peut ou ne peut pas accomplir ».