Le vent de la révolution souffle sur l’Algérie

Après la Tunisie et l’Egypte, l’Algérie ? Plusieurs milliers d’opposants se sont rassemblés samedi dans plusieurs villes du pays – Alger, Oran, Annaba, Boumerdès… –, malgré l’impressionnant déploiement policier, pour réclamer le départ du pouvoir en place et l’avènement d’une société libre et démocratique.

« Ce n’est qu’un début ! », a assuré Fodil Boumala, universitaire et écrivain, l’un des fondateurs de la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD) qui avait lancé l’appel à manifester ce samedi à Alger. « Nous allons continuer à manifester, à défier ce pouvoir jusqu’à ce qu’il tombe», a déclaré le chef du RCD (Rassemblement pour la culture et la démocratie), Saïd Sadi.

Alors que la manifestation avait été interdite par les autorités et que 30 000 policiers quadrillaient Alger, plus de 2000 personnes, selon les journalistes présents – 250, selon les autorités –, se sont rassemblées ce matin sur la place du 1er mai. «Bouteflika dehors!», «Algérie libre et démocratique !», « Système, dégage ! », «Non à l’Etat policier !», ont scandé les manifestants. Politiques, universitaires, étudiants, simples citoyens rassemblés comptaient rejoindre la place des Martyrs. Mais le cortège n’a pu l’atteindre, bloqué par les forces de l’ordre.

Parmi ces manifestants, plusieurs chefs de l’opposition, dont Ali Belhadj, l’un des chefs du Front islamiste du salut (FIS), dissout par les autorités algériennes, qui a été vu dans la foule non loin du chef du RCD (Rassemblement pour la culture et la démocratie), Saïd Sadi, ennemi juré des islamistes dans les années 1990. M. Sadi était encerclé par un nombre impressionnant de policiers anti-émeute qui l’ont empêché d’utiliser un porte-voix pour s’exprimer. « Ils ont tout fait pour m’isoler et isoler Me Abdenour Ali Yahia (le doyen et président d’honneur de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme, 90 ans) des manifestants », s’est-il plaint.

De nombreuses arrestations

Des heurts ont éclaté peu avant le début de la manifestation d’Alger. Les affrontements se sont rapidement calmés, selon les journalistes sur place, mais de nombreuses arrestations musclées ont eu lieu. Le ministère de l’Intérieur a annoncé 14 interpellations. Mais la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme (LADDH) a fait état de plus de 300 à Alger, Oran (ouest) et Annaba (est) où des manifestations ont eu lieu également. Elle n’était pas en mesure de préciser combien de manifestants avaient été maintenus en détention, selon l’AFP. A Oran, où s’est tenue la plus grande manifestation après celle d’Alger, 400 personnes se sont rassemblées Place du 1er novembre. Et, selon des témoins, une trentaine d’interpellations ont eu lieu, parmi lesquelles le chef local de la CNCD, l’universitaire Kadour Chouicha et son fils, qui ont été relaxés.

Après les départs des présidents Zine el Abidine Ben Ali en Tunisie et d’Hosni Moubarak en Egyte, l’opposition algérienne se prend à rêver de celui d’Abdelaziz Bouteflika, 74 ans, au pouvoir depuis 12 ans. Elu en 1999 et réélu en 2004, il a été reconduit en avril 2009 à la suite d’une révision de la constitution en novembre 2008 qui autorise un nombre infini de mandats présidentiels successifs. Depuis l’indépendance du pays, le Front de libération nationale (FLN) – rejoint par le Rassemblement national démocratique (RND) – est aux affaires. Après les sanglantes émeutes du mois de janvier, le gouvernement a pris des dispositions pour contrôler le prix des produits de première nécessité et promis que l’Etat d’urgence, en place depuis 1992, serait bientôt levé. Des mesures qui manifestement ne satisfont pas l’opposition, qui a promis de nouvelles manifestations. « Nous avons brisé le mur de la peur », s’est réjoui Fodil Boumala, estimant que les manifestations de samedi n’étaient que les prémices de la révolution.

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