Le vélo camerounais essuie les plâtres

Le premier Tour cycliste international du Cameroun a été remporté ce mardi à Yaoundé par le russe Ivan Terentine. Un tour peu médiatisé, plus mis en avant pour son manque d’organisation que pour les performances sportives de ses coureurs.

Le Cameroun organisait cette année son premier Tour cycliste international. Le Russe Ivan Terentine finit maillot jaune alors que deux étapes ont été remportées par des cyclistes camerounais. Celles de Douala et la dernière, mardi, de Yaoundé. Au-delà des performances sportives, le Tour du Cameroun s’est essentiellement signalé par son manque d’organisation. Le président de la Fédération camerounaise de cyclisme (FCC), Bernard-Claude Messi, s’en explique.

Afrik : Pourquoi parle-t-on du premier Tour international du Cameroun, le pays a déjà organisé d’autres tours ?

Bernard-Claude Messi : C’est la première fois que le Tour du Cameroun empruntait toutes les régions du pays. Contre quatre ou cinq au maximum auparavant. Seuls quelques vélo-clubs européens participaient à ces  » mini-tours « . Cette année, Russes, Français et Béninois ont fait le voyage.

Afrik : Quel bilan tirez-vous du Tour 2003 ?

Bernard-Claude Messi : D’une manière générale, nous somme satisfaits. Nous avons eu une forte participation avec quatorze équipes engagées. La compétition était relevée et les coureurs présents ne sont pas venus pour se balader mais pour gagner. Ce qui fait que les Camerounais ont beaucoup appris. Il y a eu une émulation.

Afrik : Justement, l’écart était important entre les coureurs africains, notamment camerounais, et européens…

Bernard-Claude Messi : Je suis président de la FCC depuis deux ans. Quand je suis arrivé, le cyclisme camerounais était moribond. Tous les clubs étaient dissous et les coureurs s’entraînaient comme ils pouvaient. Dans les années 50, 60, le cyclisme était plus populaire au Cameroun que le football, avec des stars comme Pommier Bonniface, Assomo Enoch ou Jean-Bernard Onama. Nous nous battons pour le redynamiser.

Afrik : Concrètement, à quelles difficultés devez-vous faire face ?

Bernard-Claude Messi : Le problème essentiel qui se pose est le manque de sponsors. Les entreprises au Cameroun font du sponsoring politique et pas nécessairement économique. Ils ne cherchent pas à se faire connaître du public. Tous se ruent sur les  » Lions indomptables  » pour se faire remarquer des autorités et les caresser dans le sens du poil.

Afrik : Le comité d’organisation du Tour a-t-il appris autant que les coureurs ? On a beaucoup parlé de problèmes de logements, de nutrition et selon l’AFP, on a attendu la quatrième étape pour avoir une ambulance sur le Tour, grâce à la première dame du pays…

Bernard-Claude Messi : Nous avons connu beaucoup de difficultés mais nous avons retenu les leçons. Après six mois de préparation, nous avons dû faire appel à l’Etat pour boucler notre budget. Malheureusement, à quelques jours du départ, des individus ont oeuvré dans l’ombre, et parfois même dans la lumière, pour que le Tour ne se coure pas. Nous avons été victimes de tentatives de sabotage.

Afrik : De quelle nature ?

Bernard-Claude Messi : Je n’entrerais pas dans la polémique et ne citerais personne. Pour vous donner un exemple, il y avait une ambulance à la première étape. Mais des personnes qui travaillaient avec nous depuis des mois ont subitement disparu. Ce qui fait que les étapes deux et trois se sont effectivement courues sans ambulance. Même le Président Paul Biya, qui est un fanatique de cyclisme, est intervenu pour nous apporter son aide. Pour le prochain Tour, nous avons signé des partenariats avec des responsables européens qui nous aideront dans l’organisation. Il sera nettement différent.

Afrik : Vous parliez de la défection des sponsors. Les médias locaux et internationaux ont également peut couvert l’événement.

Bernard-Claude Messi : C’est un point fondamental pour nous. Les journaux camerounais ont très mal couvert le Tour. Certains avaient de la volonté mais ne s’y connaissaient pas assez. De nombreux journalistes accrédités sont venus non pas pour couvrir l’événement sportif mais pour faire du sensationnel. Si bien que quatorze d’entre eux (sur quarante) ont été renvoyés. Parfois à la demande des directeurs sportifs, au nom desquels ces journalistes parlaient pour dénigrer la compétition. Nous sommes néanmoins très contents d’une dizaine de journalistes. Nous allons avoir des séances de travail avec eux pour préparer plus efficacement le prochain Tour du Cameroun.