Le vélo africain prend du galon

Le sixième du Tour du Sénégal s’est terminé dimanche sur la victoire de l’Italien Leonardo Scarcelli, de la Colombia Selle Italia. Une victoire qui rend le directeur technique de l’équipe italienne d’autant plus heureux que cette année, la Selle a dû se battre pour rallier la capitale sénégalaise en jaune. La faute à des sélections africaines parfaitement affûtées pour la course. Interview de Michel Thioub, le directeur général du Tour.

L’Italien Leonardo Scarcelli a finalement gardé le maillot jaune endossé lors de la deuxième étape jusqu’à l’arrivée à Dakar. Ce qui constitue la deuxième victoire consécutive pour la Colombia Selle Italia sur le Tour sénégalais. Mais cette année, grâce à des équipes africaines parfaitement préparées pour la course, l’équipe transalpine a dû se battre pour conserver la première place jusqu’à l’arrivée. Seules deux secondes séparent le vainqueur final du Marocain Abdelatif Saadoune et sept de l’Algérien Chérif Merabet. Le directeur du Tour du Sénégal, Michel Thioub, fait le point avec Afrik sur cette sixième édition.

Afrik : Coureurs, directeurs sportifs, observateurs de l’Union Cycliste Internationale (UCI)… tout le monde s’accorde à dire que ce Tour était plus difficile que les précédents

Michel Thioub : C’est vrai. Au début, tout le monde me reprochait d’avoir amené des équipes de haut niveau sous le prétexte qu’elles tuent la course. On voulait notamment que je n’invite pas l’équipe Colombia Selle Italia, qui avait facilement remporté le Tour l’année dernière. Notre but est de relever le niveau de la compétition. Non seulement nous avons invité la Selle Italia, mais aussi des équipes françaises Elite, qui participent en Europe à des compétitions très relevées. Mais nous avons été agréablement surpris par les Marocains, les Algériens et même les Sénégalais.

Afrik : Comment les équipes africaines se comportaient-elles dans les Tours précédents ?

Michel Thioub : L’année passée, le Sénégal a remporté une étape, mais son équipe n’était pas aussi bien placée. Jamais nous n’avons connu de tels résultats. De plus, cette année, les étapes ont été gagnées à l’arrachée. C’était de belles victoires.

Afrik : A quoi attribuez-vous les progrès africains ?

Michel Thioub : Au travail fourni par les équipes. Par exemple, le Sénégal a participé cette année aux plus grandes courses africaines, comme le Grand prix de Bouira (Algérie, ndlr) ou le Tour d’Algérie. Nous étions fin prêts pour le Tour du Sénégal.

Afrik : Le Tour du Sénégal fonctionne encore largement avec des équipes nationales (/ équipes de marques). Pour quelle raison ?

Michel Thioub : En Afrique, nous avons l’équipe angolaise Cimex-Benfica, qui est une équipe de marque et qui a donc plus de moyens sur les courses, grâce à son budget. Au Sénégal, nous avons des équipes nationales. Nous sommes restés longtemps sans sortir, faute de moyens. Mais cette année, l’Etat a consenti d’importants efforts pour nous permettre de participer à des courses à l’étranger. Il y a quarante fédérations au Sénégal, ce qui est lourd à assumer pour l’Etat. Même si je pense que nous devrions faire preuve de plus de sérieux pour le décharger, je reste attaché aux équipes nationales pour ce qu’elles représentent en matière d’identité.

Afrik : La différence de moyens financiers n’a pas empêché l’équipe algérienne d’arracher 3 victoires d’étape, le Cameroun une et le Maroc de remporter le classement par équipes…

Michel Thioub : L’Algérie et le Cameroun sont des pays de tradition cycliste d’équipe nationale. Même si leurs moyens sont inférieurs aux équipes de marques, ils ont effectivement réussi à bien figurer dans ce Tour.

Afrik : Avez-vous réalisé des progrès dans le domaine de l’organisation ?

Michel Thioub : L’organisation n’est jamais parfaite. Mais si nous faisons tout pour que les choses soient bien faites, nous ne pouvons pas être satisfaits à 100%. Sur le plan technique, nous n’avons pas eu de contestations au niveau des chronos, grâce au nouveau matériel italien. Mais dans une caravane de 300 personnes, il faut pouvoir gérer les susceptibilités. Il n’est pas possible d’offrir des hôtels quatre étoiles et du caviar à tous les participants. Les coureurs du Paris-Dakar acceptent des conditions de logement difficiles.

Afrik : Les progrès en termes de compétition et d’organisation vous ont-ils poussé à organiser des contrôles anti-dopage ?

Michel Thioub : Il n’y a pas eu de contrôle anti-dopage. Car le Tour du Sénégal est classé catégorie 2.6 par l’UCI, ce qui n’implique pas de contrôle. Mais si nous avions dû le faire, nous aurions accepté volontiers. Pour ce qui est de la course, nous n’avons pas observé des moyennes très élevées qui relèveraient d’automates ou de robots. Je suis convaincu qu’il n’y a pas eu de dopage sur ce Tour.

Afrik : Pourquoi le Tour du Sénégal ne dure-t-il que 11 jours ?

Michel Thioub : Le cahier des charges de l’UCI, qui est là pour protéger la santé des coureurs, nous interdit de dépasser les 12 jours de course.

Afrik : Ne trouvez-vous pas qu’il manque un peu de montagne au Tour du Sénégal, pour pimenter la course ?

Michel Thioub : Le Sénégal est plat et le soleil a fait la différence. Peut-être pourrions nous organiser des portions d’étape sur des pistes de tôle ondulée…

Afrik : Sur quoi ?

Michel Thioub : Nous possédons ici des routes non goudronnées qui ont un aspect de tôle ondulée. Si nous les incluons dans des étapes, se sera pire que le Paris-Roubaix. Cela ferait de belles étapes mais il ne s’agit pas de casser les vélos. Le matériel coûte cher et les équipes ne sont pas riches.

Afrik : Pourquoi pas des étapes dans des régions montagneuses de pays voisins ?

Michel Thioub : Cela serait peut-être possible en Guinée, qui possède de belles montagnes. Mais ce n’est pas encore à l’ordre du jour.

Afrik : Le Tour du Sénégal n’en n’est qu’à sa 6è édition. Etes vous loin du niveau proposé sur le Tour du Burkina, le plus souvent cité au niveau continental ?

Michel Thioub : Nous n’en sommes qu’à la sixième édition mais la deuxième a eu lieu en 1970 ! Si cette compétition avait été pérennisée, nous aurions sans doute un grand Tour. Le Burkina fait quelque chose de très bien. Et il est de l’intérêt de l’Afrique d’avoir des Tours de qualité, afin de rehausser le niveau général de ses coureurs.

Classements individuels du sixième Tour du Sénégal (18-28 septembre)

 Maillot jaune (leader au classement général) : Leonardo Scarselli (Colombia Selle Italia)

 Maillot vert (classement aux points) : Abdelatif Saadoune (Maroc)

 Maillot bleu (meilleur Africain) : Abdelatif Saadoune (Maroc)

 Maillot blanc (meilleur jeune) : Chérif Merabet (Algérie)

 Maillot rouge (combativité) : Mouhcine Raili (Maroc)

Classement par équipe

 1 – Maroc

 2 – Colombia Selle Italia

 3 – Sénégal A

Le site officiel du Tour du Sénégal 2003