Le VCD musèle le marché du DVD

Les Vidéo CD (VCD) et les lecteur vidéo MP3 pirates nigérians innondent le marché ivoirien. Ils relèguent au second plan le DVD et la cassette vidéo classique. Un commerce juteux où tout le monde s’y retrouve.

De notre correspondant Mamadou Mbengue

Le Nigeria, seul pays qui dispose d’unités industrielles capables de fabriquer des lecteurs vidéo MP3[[<1>Le lecteur vidéo MP3 ne peut lire que les VCD ou les lasers classiques. Pas les DVD.]] et de VCD (Vidéo CD)[[<2>Le VCD est un laser classique, donc un support moins cher que le DVD.]] déverse toute sa production sur le marché sous-régional. Il ne laisse aucune miette aux productions locales. Aujourd’hui, il est devenu facile d’envoyer une oeuvre musicale ou cinématographique à Lagos, d’en recopier des milliers d’exemplaires et de les revendre à bas prix dans les grandes métropoles africaines. C’est la ruée des commerçants vers Lagos. Dès que l’on met les pieds à Cotonou, à Lomé ou à Abidjan, on constate à chaque coin de la rue le commerce fructueux de VCD piratés. A Adjamé, une commune d’Abidjan, ou au marché de la gare de Bassam à Treichville, on trouve une variété assez complète de disque CD et de lecteurs MP3 à bas prix. Cela va du dernier clip du groupe Makoma, à celui de Céline Dion en passant par Alpha Blondy. On peut y dénicher sans peine une copie réussie d’un célèbre film encore à l’affiche dans quelques grandes salles de cinéma ou le dernier clip hip-hop en vogue aux Etats Unis.

Une aubaine pour les commerçants

Les revendeurs n’ont plus de temps a perdre. Le marché est là. Il faut aller plus vite parce que la demande est forte et l’activité est juteuse. Ainsi pouvons-nous décrire le scénario des va-et-vient des commerçants entre Abidjan et Lagos. Selon Abou, un commerçant établi au marché de Treichville, « Des milliers de personnes quittent la Côte d’Ivoire pour aller faire des copies au Nigeria. Le bénéfice est considérable. Si tu envoies une sélection de clips à Lagos, on te fait le nombre de VCD voulu et on te facture 500 F CFA l’unité. Au retour, tu revends chaque VCD 1 500 F CFA. En ce qui concerne les lecteurs vidéo MP3, le prix se discute entre 60 000 a 50 000 F CFA (100 euros). »

L’arrivée en grande quantité des vidéos CD sur le marché est en train de bouleverser les habitudes des populations et l’on assiste à une nouvelle mode chez les consommateurs. Les prix des magnétoscopes classiques Sharp ou Phillips tournent autour de 150°000 F CFA et les lecteurs de DVD importés d’Europe (autour de 200 000 F CFA) restent hors de portée de la plupart des Africains. La cherté de l’équipement a contribué à la montée en puissance des lecteurs VCD made in Lagos. Un soulagement général que l’on ressent chez les acheteurs qui préfèrent les produits du Nigeria, plus accessibles, à ceux venus d’Europe.

Mort programmée de la cassette vidéo

Il ne s’étonnent plus d’obtenir un clip de Koffi Olomidé ou de Youssou N’Dour à Abidjan comme à Lomé à 1 500 F CFA. « Je viens tous les matins à la gare de Bassam pour louer ou acheter un film américain et une compilation de clips ivoiriens car je n’utilise plus les anciennes vidéos », explique Moussa, un jeune lycéen. Il pense que les VCD venus du Nigeria sont une bonne chose car il y en a pour tous les goûts et peu chers. « J’ai oublié les anciens modèles de VCD, j’ai acheté mon lecteur MP3 et chaque jour je regarde un film ou un clip d’un artiste », explique-t-il, tandis que de l’autre côté de la rue, Sylvie, une habitante d’Arras, discute le prix du film Mobutu, roi du Zaïre avec un commerçant nigérien.

L’arrivée des VCD made in Lagos est loin de faire l’affaire des producteurs. Les clients commencent à se détourner des K7 produites par les maisons de disque locales. Pour beaucoup, les VCD sont plus pratiques que les K7 car on peut voir et écouter. Une situation qui devient difficile à maîtriser car la population a pris goût aux VCD. Les revendeurs ne cèdent pas de terrain et les pertes pour les producteurs sont très élevées. Les artistes ne peuvent plus vivre de leur métier. Un danger que le Bureau ivoirien des droits d’auteur (Burida) veut palier. Le Burida essaie de limiter les dégâts causés aux producteurs locaux en effectuant des descentes musclées dans les marchés. Il récupère les VCD piratés et les détruit.