Le triste héritage du développement

Des ruines du développement rappelle comment, du jour au lendemain, après le discours de Truman en 1949, des milliards de personnes se sont retrouvées estampillées de la mention « sous-développés ». Histoire de cette politique d’aide mondiale qui n’a fait que moderniser la pauvreté.

Les auteurs de Des ruines du développement n’en sont pas à leur coup d’essai. Après Le dictionnaire du développement, ils récidivent en vulgarisant ce dernier, dans un ouvrage écrit à quatre mains il y a déjà plusieurs années dans sa version anglo-saxone. Le livre est divisé en deux parties. La première est une compilation d’essais de Wolfgang Sachs, un économiste affilié au mouvement écologiste allemand. La seconde partie retrace la perception de ce concept, toute personnelle, du Mexicain Gustavo Esteva, journaliste réputé.

Qu’est-ce que le développement ? Difficile d’y répondre tant le concept est creux. Basiquement, c’est une aide des organisations internationales (FMI, ONU, ONG etc.) qui peut revêtir plusieurs formes : financière, alimentaire ou politique… Un sujet d’actualité, qui se situe aux confluents de l’échec des négociations de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) et de la deuxième guerre du Golfe, en passant par les manifestations alter-mondialistes du dernier G8. En effet, le développement, tel qu’il a été appliqué pendant 45 ans, n’est-il pas une forme de course linéaire vers l’uniformisation à l’image de l’Occident ?

« Plutôt pauvre que différent »

Le développement est une des formes les plus perverses de la mondialisation. Pendant un demi-siècle, on a promis aux pays du Sud qu’ils allaient vivre, à terme, dans l’abondance et la surconsommation. Bref, à l’Occidentale. En 1950, ils avaient calculé que le Brésil ou l’Inde rattraperaient le niveau de l’Occident en 20 ans. Et 20 ans plus tard de constater que non seulement le fossé s’est élargi, mais en plus que l’ethnocentrisme occidental imposé au reste du monde n’avait aucun sens.

Aujourd’hui, le « développementalisme » ne trompe plus personne. Encore moins ses victimes. Des populations qui vivaient paisiblement sur leurs terres de manière ancestrale n’ont plus été définies « par ce qu’elles sont ou veulent être, mais parce qui leur manque et ce qu’elles doivent devenir. Le mépris économique avait atteint le niveau du mépris colonial ».

Un instrument du gendarme du monde

Le ton est donné. « Aujourd’hui, les projets de développement ne se soucient plus de mener un pays sur la voie du progrès ; il n’existe que de petits projets qui se contentent souvent de prévenir ponctuellement le pire […]. Fini le temps où le rattrapage du Nord était à l’ordre du jour ; maintenant il s’agit bien plus […] de pourvoir à la sécurité pour la survie économiquement autant qu’écologiquement. » Les troupes de l’ONU, de l’Otan ou américaines se transforment ponctuellement en aide à la catastrophe, quand il ne s’agit pas de reconstruire un pays qu’on a cherché à déconstruire quelques semaines auparavant.

Un constat amer

A quoi sert un centre de soins là où il n’y a pas de médecin ? A quoi servent des diplômes quand on ne trouve pas de travail ? A quoi sert un compte en banque quand on a plus de revenus ? Selon Esteva, tous ceux qui se sont retrouvés en marge du système imposé par les technocrates des organisations internationales, ont dû se débrouiller autrement. Ce faisant, ils sont devenus plus autonomes. Malgré de nombreux tâtonnements, hésitations, expériences, ces laissés-pour-compte se sont organisés autour de besoins plus proches de leur réalité, en se recentrant sur la cellule familiale et communautaire.

Le développement est le mirage des affamés dans un désert idéologique. La nécessité de changer les rapports Nord-Sud peut commencer par repenser la mondialisation. D’ailleurs, « Des ruines du développement » pourrait être le livre de chevet du parfait alter-mondialiste. Bizarrement, pas une seule fois ce terme n’est employé.

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