Le trafic d’organes dans les hôpitaux camerounais, un fléau grandissant


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Jean Tchouaffi, le président de l’ACDJ, indigné des cas de trafic dans les morgues camerounaises

Le nombre de dépouilles disparues, détournées ou profanées dans les morgues camerounaises est de plus en plus élevé. La dénonciation des faits par les victimes et les médias oblige désormais les pouvoirs publics à réagir. Sur le tard.

(De notre correspondant)

Les premières sanctions sont tombées. Le ministre camerounais de la Santé publique, André Mama Fouda, a suspendu et révoqué des fonctionnaires en service à l’hôpital Laquintinie de la ville de Douala. La décision fait suite à la descente du ministre dans cet établissement hospitalier où, depuis deux mois, une affaire de trafic d’organes et de profanation de corps défraie la chronique.

Une macabre affaire

En effet, le 23 août 2012, le corps du jeune Nguengang Franck Fridolin, décédé à l’hôpital Laquintinie est déposé à la morgue dudit hôpital par la famille. La sœur aînée du décédé sera appelée en catastrophe quelques jours après par un employé de la morgue de cet hôpital. Sur les lieux, elle constate que la dépouille de son frère a été extraite frauduleusement de la chambre froide et entreposée dans un coin de la morgue. Un employé de cette morgue s’active à lui ouvrir le ventre et en extraire certaines organes après lui avoir récupéré les cheveux, les poils du pubis et les ongles. Interrogé, à en croire la femme, celui-ci affirmera agir à la demande d’un autre membre de la famille qui l’a payé pour faire la sale besogne.

La sœur aînée de Franck Fridolin va alors saisir les autorités et ameuter les médias qui feront un large écho de l’affaire. Elle n’hésitera pas à multiplier les plateaux de radio et de télévision pour dénoncer la pratique et demander justice. De nombreuses autres victimes de cas similaires qui avaient souvent gardé le silence lui emboîtent le pas. Près de deux mois plus tard, le ministre de la Santé réagit à travers une visite, une rencontre avec la famille et une conférence de presse pour annoncer des sanctions et son soutien à la famille.

Les cas sont légion

Selon l’association camerounaise de défense des droits des jeunes (ACDJ), une vingtaine de corps ont été profanés à la morgue de l’hôpital Laquintinie ces temps derniers. Le cas de Franck Fridolin n’étant qu’un cas parmi tant d’autres. A en croire cette association, des personnes mal intentionnées obtiennent facilement des agents véreux de cette morgue des organes humains extraits des corps qui y sont gardés, parfois aux fins de pratiques de sorcellerie. « Devant de telles situations, il ne suffit pas seulement de suspendre ou alors de révoquer leurs auteurs, mais aller jusqu’à envisager des poursuites judiciaires à leur encontre, ne serait-ce que pour dissuader les autres et tenter de sauver au moins l’image de marque de l’entreprise », propose Jean Tchouaffi, le président de l’ACDJ.

Jean Tchouaffi, le président de l’ACDJ, indigné des cas de trafic dans les morgues camerounaises

Cette association remet au goût du jour le cas du corps de la sœur de l’une de ses adhérentes, disparu de la morgue de l’hôpital Laquintinie en décembre 2011. « Cette adhérente qui y avait déposé le corps de sa petite sœur, avec paiement à l’appui de tous les frais y afférent, plus jamais retrouvé ce corps jusqu’aujourd’hui. Les intéressés ont même porté plainte mais n’ont jamais su quelle suite a été réservée à cette affaire. Autant de cas qui font soupçonner la pratique dans ce lieu de trafics d’organes humains », conclut Jean Tchouaffi. Le défenseur des droits humains pense même déjà à des mesures conservatoires : « par exemple, conseiller aux usagers de surseoir à solliciter les services de cet organisme. Surtout en ce qui concerne la morgue où il y a constat permanent de tripatouillages de toutes sortes », propose-t-il.

Le ministre de la Santé publique rassure néanmoins les camerounais et dit avoir sifflé la fin de la récréation. A l’en croire, les morgues seront plus sécurisées et le personnel coupable de traitements inhumains et dégradants, sévèrement sanctionnés. Sur le tard.

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