Le tour d’Afrique de Lula

Le Président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva est en Afrique depuis samedi pour une tournée d’une semaine à Sao Tome et Principe, en Angola, au Mozambique, en Namibie et en Afrique du Sud. Une façon de montrer son intérêt, diplomatique et économique, pour le continent noir.

Luiz Inacio Lula da Silva s’est envolé samedi pour une tournée africaine d’une semaine. Son programme : Sao Tome et Principe, l’Angola, le Mozambique, la Namibie et l’Afrique du Sud. Un an après son élection à la tête du Brésil, l’ex-ouvrier métallurgiste de 57 ans qui aime à se définir comme le porte-parole des pays en voie de développement, est venu faire son numéro de charme sur le continent. Et si le Brésil a tout intérêt à se rapprocher de pays comme Sao Tomé (où les récentes découvertes de pétrole pourraient rapidement changer la donne économique du pays) et l’Angola (qui cherche à se reconstruire après la guerre civile), il se pourrait que l’Afrique ait aussi tout à gagner à approfondir ses relations avec le géant sud-américain. Onzième économie mondiale, le Brésil est la première puissance d’Amérique latine. Sa politique de production de médicaments génériques anti-sida et les programmes « Faim zéro » ou « Education pour tous » lancés par Lula pourraient notamment inspirer les pays africains.

En mai dernier déjà, le Brésil avait affirmé que l’Afrique était « une haute priorité ». Celso Amorim, ministre des Affaires étrangères, avait entrepris une tournée en Afrique australe visant à préparer la visite du Président dans la région. En Afrique du Sud, il avait alors déclaré : « Le fait que je me trouve ici à la tête d’une délégation aussi importante seulement quatre mois après l’investiture du nouveau gouvernement démontre la haute priorité que nous accordons à nos relations avec l’Afrique. Le Brésil possède la seconde population d’origine africaine du monde par le nombre. Cela influence profondément notre culture et nous voulons transformer cela en réalité pratique ».

Une ambassade à Sao Tomé

Lula a donc passé une journée à Sao Tomé et Principe. Le petit archipel de 150 000 habitants a accueilli avec chaleur cette première visite d’un Président brésilien sur son sol depuis son Indépendance en 1975. Lula en a profité pour inaugurer l’ambassade du Brésil à Sao Tomé, seul pays africain de langue portugaise qui ne possédait pas encore de représentation diplomatique brésilienne, et pour signer une série d’accords sur la santé et l’éducation, faisant don de 2 592 livres au ministère de la Culture sao-toméen. Le Président a annoncé que le groupe pétrolier brésilien Petrobras, déjà présent en Angola et au Nigeria, allait prospecter à Sao Tomé.

Lula, accompagné de 150 hommes d’affaires brésiliens, de sept ministres et de deux secrétaires d’Etat, a rejoint Luanda dimanche soir. Lundi, dans un discours prononcé à l’Assemblée nationale angolaise, il a affirmé : « Le Brésil, en tant que pays de langue portugaise économiquement plus fort et plus riche, a besoin de faire des gestes concrets et généreux. Il doit montrer au reste du monde qu’il possède une dette historique envers l’Afrique, et notamment envers l’Angola, et qu’il souhaite, par des politiques positives, sauver ses relations avec ces pays, mises de côté pendant tant d’années ». Le Brésil est l’un des principaux investisseurs en Angola et c’est dans ce pays qu’il y a le plus d’opportunités d’affaires pour les entreprises brésiliennes, dans le pétrole, les diamants, les infrastructures et l’agriculture.

Lutte contre le sida

Au Mozambique, le Président Lula apportera dans ses valises un lot symbolique de médicaments anti-HIV qui permettra de traiter cent malades pendant un an. Un don qui fait partie du Programme de coopération internationale développé par le ministère brésilien de la Santé qui vise quatre autres pays africains (Namibie, Burkina Faso, Burundi et Kenya) et cinq pays latino-américains. La stratégie brésilienne : montrer qu’il est possible de combattre la pandémie efficacement, même si l’on est pauvre. L’autre préoccupation sera d’augmenter le volume des échanges commerciaux avec le Mozambique qui avait atteint presque 7 millions de dollars en 1997 mais qui a été réduit de moitié en 2001. En Namibie, Lula devrait réaffirmer un projet de coopération militaire. C’est en effet le Brésil qui a formé la Marine namibienne, après l’Indépendance du pays en 1990.

En termes politiques, le pays le plus important est sans conteste l’Afrique du Sud, dernière étape du voyage présidentiel. Le Brésil et l’Afrique du Sud forment, avec l’Inde, le G3, qui a obtenu gain de cause contre les multinationales pharmaceutiques pour l’accès aux médicaments du sida. En termes commerciaux, l’Afrique du Sud, pays le plus développé de la région, possède l’économie la plus proche de celle du Brésil. Cette visite en Afrique, ainsi que le voyage dans le monde arabe du Président Lula prévu pour décembre prochain, prennent une nouvelle dimension après la Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Cancun, en septembre dernier. En effet, le Brésil s’y est imposé comme un acteur global, initiant le Groupe des 22 (G22) qui a fait face aux Etats-Unis et à l’Europe, et soutenant les pays africains sur le dossier du coton. A Lula de vérifier maintenant sur le terrain les effets de sa diplomatie.