Le tabac marocain fait recette

Le groupe de tabac franco-espagnol Altadis s’est adjugé le contrôle de la Régie des Tabacs du Maroc pour la somme de 14,08 milliards de dirhams. Une privatisation réussie pour le royaume chérifien qui récolte plus du double du prix plancher initialement fixé pour l’acquisition de la société.

La Régie des Tabacs marocaine appartient officiellement depuis le 2 juin dernier, à hauteur de 80%, au groupe franco-espagnol Altadis. Montant de la transaction : 14,08 milliards de DH ( 1, 292 milliard d’euros). L’opération qui sera entérinée par un décret du Premier ministre marocain devra être finalisée d’ici juillet 2003. L’appel d’offre avait été lancé fin février par le ministère marocain des Finances et des Privatisations pour un prix minimum de 6,4 milliards de dirhams.

Altadis est l’un des groupes leaders de l’industrie européenne du tabac et de la distribution. Présent dans les cigarettes, les cigares et la distribution, il est le résultat du rapprochement de la Seita ( France) et de Tabacalera (Espagne). Outre Altadis, les candidats potentiels à l’acquisition étaient le Britannique British American Tobacco, le nippon Japan Tobacco et l’Américain Altria. La transaction devrait avoir un impact relatif, d’ici deux ans, sur les bénéfices du groupe.

Altadis joue sur les synergies

14,08 milliards de DH, un montant jugé trop élevé par certains analystes financiers qui estiment la valeur de l’entreprise entre 7 et 9 milliards de DH.  » Pour nous, le coût de la transaction se justifie dans la mesure où la Régie est une entreprise très rentable, qui a un très fort potentiel de développement. Les enjeux auxquels seront confrontés la Régie sont ceux qu’a connu Altadis. A savoir la libéralisation de l’industrie du tabac et la capacité de maintenir des positions nationales fortes. Altadis a en effet, avec succès, fait face à la fin des monopoles sur le marché du tabac en Europe et a su préserver la position dominante de ses marques locales. Fortuna est leader sur le marché espagnol et Gauloises Blondes est n°2 sur le marché français. « , Explique Aneta Lazarevic, responsable du service de presse de la marque.

Les autorités marocaines partagent le même sentiment.  » Ce n’est pas une surprise pour nous ! La Régie des Tabacs est une entreprise à très grande valeur ajoutée. Le prix de vente initial n’est qu’un prix de référence qui ne prend pas en compte la prime de contrôle inhérente à une participation majoritaire « , note une source bien informée. Les avantages sociaux semblent avoir été préservés puisqu’un fonds de près de 3 milliards de DH a été mis en place par extension de capital pour assurer les retraites. La firme emploie près de 30 000 personnes.

Savoir-faire et expertise

Altadis dispose également d’une expertise, à contrario de ses concurrents, en matière de distribution et de fabrication des cigarettes brunes. Un segment qui représente en volume 45% du marché marocain. Le marketing et la recherche et le développement sont des outils sur lesquels s’appuiera le groupe dans son développement au Maroc. Altadis table sur toutes ses synergies pour assurer sa croissance. Selon Aneta lazarevic, le groupe pense également développer des marques Premium qui pourraient s’aligner sur les marques internationales. De plus, l’entreprise, leader mondial sur le marché du cigare depuis la récente acquisition de la société cubaine de cigares, souhaite développer ce segment au Maroc.

Le Maroc est le 5ème marché africain pour les cigarettes avec une consommation de 14,4 milliards d’unités en 2002. La Régie des Tabacs détient le monopole de la distribution des produits du tabac au Maroc et sa production représente 85 % du marché national en volume. Marché qui sera libéralisé à compter du 1er janvier 2008. Marquise (cigarettes blondes), Casa Sports (cigarettes brunes sans filtre) et Olympic (cigarettes brunes avec filtre) sont les produits phares de l’entreprise. En 2002, les trois principales marques de la Régie des Tabacs représentaient 80% des ventes du marché en volume et 59 % en valeur.

Très rentable, l’entreprise a enregistré un chiffre d’affaires net de 260 millions d’euros au 31 décembre 2002. Les produits sont fabriqués dans quatre usines : Kenitra, Tétouan et Casablanca pour les cigarettes brunes et Aïn Harrouda, pour les cigarettes blondes dont le marché est en pleine croissance.

Privatisation réussie

50% des revenus de la transaction iront, comme prévu par la réglementation marocaine, au Fonds Hassan II pour le développement économique et social. La privatisation va permettre au gouvernement marocain de contenir le déficit budgétaire à 3% au lieu de 5% l’année dernière. Rappelons que l’État marocain conservera, pendant deux ans, une participation de 20 % dans la firme. Ses actions pourront être placées sur le marché via la bourse de Casablanca au cours des deux années suivantes.

Les autres privatisations au calendrier du gouvernement marocain sont celles de Maroc Telecom, Biopharma, la Société Marocaine du Thé et du Sucre (SMTS), ex-ONTS, la Sococharbo, société de négoce spécialisée dans le commerce en gros et en détail du bois, la Sonacos, tournée vers la commercialisation des semences. Drapor, spécialisée dans le dragage des ports, la Société de Sel de Mohammédia (SSM) et la Société Chérifienne des Sels (SCS) sont également sur la liste.