Le sursis de Safiya

Le procès en appel de Safiya Husseini, condamnée à mort par lapidation en octobre dernier pour adultère, a été ajourné au 18 mars prochain. Malgré les pressions internationales et les vices de forme décelés par ses avocats, l’avenir de la jeune Nigériane est plus qu’incertain.

Safiya Husseini a 35 ans. En octobre dernier, elle est condamnée à mort par lapidation par le tribunal islamique de l’Etat de Sokoto, au Nord du Nigeria. Pour adultère. Safiya a eu des relations sexuelles alors qu’elle n’était pas mariée et selon la charia (loi islamique) en vigueur à Sokoto, une femme mariée une première fois, même si elle a ensuite divorcé, commet un adultère si elle a des relations sexuelles sans être remariée. La grossesse est la seule preuve requise. L’adultère est sévèrement réprimé.

Suite à son premier jugement, Safiya a fait appel. Depuis octobre, elle n’est pas détenue en prison car, suivant la loi islamique, elle est libre de rester avec sa famille tant que le jugement final n’est pas prononcé. Elle reste donc dans son village pour s’occuper d’Adama, née en février dernier de cette relation qualifiée  » d’adultère  » par le tribunal islamique. La procédure accordant aux femmes qui viennent d’accoucher un sursis de 144 jours à partir de la naissance de l’enfant, l’exécution aurait dû avoir lieu samedi 12 janvier.

Mobilisation internationale

Lundi 14, le jugement en appel qui devait se tenir ce jour a été ajourné au 18 mars prochain, la jeune femme étant revenue sur ses déclarations selon lesquelles elle aurait été violée. Mariée une première fois à 12 ans, Safiya a connu en tout trois mariages. Elle avait déclaré que c’était un vieil homme de son village, dont elle a repoussé les avances, qui l’aurait violée. Or, l’avocat de Safiya a expliqué lundi que le père d’Adama était le dernier mari de la jeune femme, dont elle a divorcé il y a deux ans.  » Nous retirons toutes les déclarations initiales que ma cliente a faites sous la contrainte « , a-t-il précisé à l’AFP.  » En octobre, ma cliente n’avait pas bénéficié d’un avocat et elle n’a pas compris la nature et les conséquences du délit dont elle était accusée ni les questions qui lui étaient posées.  »

Le sort de Safiya est donc remis en jeu. Reste un espoir : ses avocats ont dénoncé des vices de forme lors du premier procès. Ils soulignent notamment que  » l’adultère  » a été consommé avant que la loi islamique ne soit instaurée dans l’Etat de Sokoto. De plus, le cas de Safiya a entraîné une mobilisation internationale importante. Mercredi dernier, des centaines de personnes ont manifesté devant l’ambassade du Nigeria à Rome. Mardi 15 janvier, une manifestation est prévue à Paris devant l’ambassade du Nigeria à Paris qui croule déjà sous différentes pétitions qui, toutes, demandent la même chose : la clémence pour la jeune nigériane.

 » Je suis reconnaissante et j’apprécie le soutien que l’on m’apporte dans le monde entier. Je sais le soutien dont je bénéficie « , a déclaré Safiya à l’AFP.  » Ce que j’espère maintenant, c’est la justice.  » De son côté, le gouvernement nigerian tente de montrer sa bonne foi : le président Olusegun Obasanjo a promis de soutenir l’appel et le ministre de la Justice, Bola Ige, avait pris position contre le jugement, avant d’être récemment assassiné.

Si Safiya perd l’appel du 18 mars prochain, elle pourra encore exercer un recours devant une instance d’appel supérieure, à Kaduna (Nord), puis devant la Cour suprême fédérale à Abuja. Si après cela, la condamnation est maintenue, ce sera une première depuis l’instauration de la charia dans plusieurs Etats du nord du Nigeria. Triste palmarès.

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