Le strip-tease ne sera pas légal

Des conseillers de la mairie de Kampala ont émis l’idée de légaliser l’ekimansulo, sobriquet pour le terme strip-tease, pour renflouer ses caisses. Le ministre de l’Ethique et de l’Intégrité a émis un avis on ne peut plus défavorable. Lundi dernier, la municipalité a fait un rectificatif public pour souligner que ses intentions ont été mal comprises.

Ils ont voulu légaliser le strip-tease, ils devront aller se rhabiller. Les autorités ougandaises ont rappelé à l’ordre la mairie de Kampala dont certains conseillers avaient suggéré, lors d’un conseil public, de légaliser cette danse érotique à des fins économiques. Peu fière de s’être ainsi faite rappelée à l’ordre, la mairie a tenu une conférence de presse, lundi dernier, où elle a accusé les médias d’avoir mal retranscrit les propos tenus. Une explication qui ne convainc pas tout le monde.

« Nous en avons discuté, mais nous ne sommes pas parvenus à la conclusion qu’il fallait légaliser l’ekimansulo (surnom du strip-tease en Ouganda, ndlr) », souligne Kabuwy Takuba, maire adjoint de Kampala. Certains étaient contre, trouvant la pratique trop indécente et immorale. Mais les quelques partisans du « oui » avaient des arguments de poids pour que leur idée soit acceptée. Parmi elles : autoriser l’ekimansulo dans des établissements contrôlés pour taxer au prix fort les bars et les boites qui proposent ce genre de spectacles. Objectifs : renflouer les caisses de la ville, mais aussi attirer les touristes.

Double discours municipal

Le plan de la municipalité a été largement relayé par les médias. Il n’a donc pas échappé au ministre de l’Ethique et de l’Intégrité, Tim Lwanga, qui s’est dit « profondément choqué que la mairie n’ait ne serait-ce que « considéré » la possibilité de légaliser cette danse ». « En Ouganda, l’outrage à la pudeur est strictement interdit. Alors, quand j’ai pris connaissance des intentions de la municipalité, je leur ai rappelé ce qui dit la loi et, ce lundi, ils ont publiquement déclaré qu’ils n’entendaient pas agir contre la législation », explique-t-il.

Et la municipalité de souligner que ses propos ont été déformés par les médias et qu’ils ne sont que rumeur. Toutefois, on reconnaît qu’un conseiller, dont le nom ne nous a pas été divulgué, aurait déclaré, selon The Monitor : « Que cela nous plaise ou non, l’ekimansulo existe. Nous n’avons qu’à taxer fortement » ceux qui gagnent de l’argent grâce à cela. Une idée qui en aurait conquis d’autres. « Cette déclaration a pris des proportions énormes. Nous voulions promouvoir le divertissement, notamment musical, mais certainement pas l’ekimansulo, que nous souhaitons interdire. Nous ne voulons pas encourager l’attentat à la pudeur », précise le maire de Kampala, John Ssebaana Kizito.

D’aucuns estiment que les médias servent de bouc-émissaire à la municipalité pour camoufler sa maladresse. « Il y avait beaucoup de médias le jour du conseil et je ne pense pas que tous aient rapporté la même erreur. Il n’y a pas de fumée sans feu. Par ailleurs, si vraiment ils avaient été dans le tort, pourquoi la mairie ne leur a pas intenté un procès pour diffamation ? » s’interroge Tim Lwanga, qui précise, paradoxalement, qu’il n’a pas de raison de douter de la bonne foi de la municipalité.

Ekimansulo source d’infidélité

La nouvelle a créé le débat chez les Ougandais. Les églises et la police sont contre le strip-tease, souvent pratiqué par des prostituées dans des endroits malfamés. Quant aux femmes, elles sont globalement contre l’ekimansulo. « Le légaliser donnerait envie à d’autres femmes de pratiquer cette danse ou d’imiter les tenues très provocantes de ces danseuses. Or, cela donne une mauvaise image de nous », commente Sarah, 23 ans. Pour Sally, 25 ans, l’ekimansulo met en danger le couple. « Il réveille tellement le désir des hommes que, quand ils quittent la salle, ils sont prêts à faire l’amour avec n’importe qui. C’est encore pire lorsqu’il s’agit d’hommes mariés. Ils peuvent s’habituer à ce qu’ils voient dans les spectacles et demander à leur femme de faire pareil », estime la jeune Ougandaise.

Selon le ministre de l’Ethique et de l’Intégrité, l’ekimansulo est très récent dans le pays . « Cela n’appartient pas à la culture africaine. C’est sale et immoral », souligne-t-il. Mais cela fait partie des distractions peu coûteuses. Entre « 6 000 et 10 000 shilling ougandais, soit environ trois dollars », d’après Angelo Izama, journaliste à The Monitor. Une somme très abordable pour les hommes, souvent très jeunes, qui viennent se rincer l’œil devant des femmes nues, ou presque, qui dansent seules ou en petit groupe. Les amateurs peuvent souffler. Le prix devrait rester attractif, puisque les autorités, de Kampala et d’ailleurs, ne taxeront pas leur plaisir.