Le Soudan de Ahmed Abdel Aal

Peintre, écrivain, universitaire et cheikh soufi, le Soudanais Ahmed Abdel Aal livre, dans Un dernier rêve, deux nouvelles ciselées et mélancoliques. Ces dernières sont magnifiquement mises en valeur par des illustrations où se mêlent influences arabo-musulmanes et africaines.

« Les tourments du vieil aigle » et « La récolte du dernier rêve ». Dans la première nouvelle, le lecteur assiste au dernier vol d’un aigle déclinant. Affaibli, perdant la vue et les plumes, celui-ci décide de quitter son trône rocheux pour « descendre dans la vallée et se choisir un arbre pour demeure ». Mais le vent, pourtant connaissance de longue date, ne lui en laissera pas le temps et emportera ses ailes fatiguées dans un terrible ouragan. Cette très belle et mélancolique réflexion sur le temps qui passe, la vieillesse et la gloire toujours éphémère, est suivie d’un deuxième texte.

Ce dernier met en scène un « simple employé, travaillant dans une de ces vieilles institutions gouvernementales du centre ville ». « Il passait ses journée dans un bureau étroit, mal éclairé, où il cherchait des événements anciens dans des classeurs abîmés, pour une équipe de chercheurs qui les compareraient ensuite à des événements actuels. » Il est la risée de tous ses collègues qui raillent sa vie étriquée jusqu’au jour où il devient « rêveur prémonitoire ». A la frontière du quotidien et du fantastique, cette nouvelle surréaliste fait penser à l’univers de Kafka.

Témoin de l’identité soudanaise

Les textes sont écrits et illustrés par Ahmed Abdel Aal, doyen de la faculté des Beaux-Arts de Khartoum et fondateur de l’Ecole de l’Un, l’un des groupes artistiques les plus influents du Soudan contemporain. Peintre, écrivain, universitaire et cheikh soufi, Ahmed Abdel Aal publie régulièrement ses nouvelles dans les grands quotidiens soudanais. Pour Thierry Quinqueton, directeur du Centre culturel français de Khartoum, il est « incontestablement l’un des grands témoins de l’identité soudanaise du siècle qui s’ouvre ».

Il offre dans ce livre une œuvre picturale riche et colorée, où la calligraphie tient une large place et où s’entremêlent les influences arabo-musulmanes et africaines. A l’image du Soudan tout entier, fruit du mélange de ces deux mondes.

Un dernier rêve, texte et illustrations d’Ahmed Abdel Aal, éditions Alternatives, 64 p., 10 euros.

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