Le solaire en Guinée, une énergie propre et écologique

Mamady Alpha est désespéré. Grand amateur de sport, en particulier d’athlétisme, il n’a quasiment rien pu voir des Jeux Olympiques qui ont récemment pris fin à Pékin. En cause, les coupures de courant.

La somptuosité des cérémonies d’ouverture et de clôture, comme les performances inédites de Michael Phelps, Usain Bolt et autres « Experts » du hand-ball, il n’en a eu connaissance que grâce à son vieux transistor à piles, qui ne s’éteint quasiment jamais de jour ou de nuit.

C’est que dans le quartier de Mamady, comme dans les autres coins de la capitale guinéenne, voire du pays, les interminables coupures de courant n’ont pas manqué, empêchant ceux qui ne disposent pas d’un générateur électrique ou du solaire de regarder la télévision à satiété.

Les Guinéens, qui attendent chaque année avec impatience la saison hivernale, entre juin et septembre, propice depuis quelques années à une bonne desserte du courant électrique tous les soirs de 18 heures au petit matin, ne s’expliquent pas encore la pénurie de ce qui est considéré comme une denrée rare dans le pays.

La société Energie de Guinée (EDG), dont les installations sont vétustes et qui est vue comme « un gouffre financier », n’arrivant pas à faire de bonnes recettes à cause de « la mauvaise gestion », reste de marbre, ne fournissant aucune explication sur la rareté de son produit depuis plusieurs décennies.

Les pouvoirs publics estiment que l’une des solutions à la bonne desserte du pays reste la privatisation de la société. La capacité hydroélectrique de la Guinée était estimée à quelque 6.400 Mw il y a une décennie. Le réseau électrique couvre moins de 10% du territoire national et moins de 10% des 8 millions de Guinéens n’ont pas accès à l’électricité.

D’importantes réserves en énergie éolienne

En dépit de toutes ces difficultés, les spécialistes estiment que le pays recèle d’importantes réserves en énergie éolienne ainsi qu’un potentiel de gisement solaire qui peut être une panacée pour la pénurie du courant sous certaines conditions.

Saïdou Diallo, ingénieur, chargé du Projet électrification rurale décentralisée (PERD), estime que le solaire est une énergie propre, écologique, qui ne subit aucune pression sur l’environnement. La durée de vie d’un panneau solaire varie entre 15 et 25 ans, tandis que l’énergie stockée peut être utilisée à tout moment

Les Energies nouvelles et renouvelables (ENR), explique-t-il, regroupent plusieurs sources potentielles d’énergies tels que le solaire, l’éolien, les diverses formes de biomasses (résidus agricoles et agroindustriels, les déchets de l’industrie du bois et animaux), le biogaz, entre autre, qui existent tous en Guinée.

« La diversification des ENR et leur dispersion sur l’ensemble du territoire national rendent très difficile le développement de ces formes d’énergie. Il faut réaliser de nombreux projets de petite taille utilisant des technologies appropriées pour avoir un impact significatif sur le bilan énergétique », explique le chargé du PERD.

L’irradiation annuelle moyenne, souligne-t-il, est estimée à 4,8 kWh/m2/jour. La durée annuelle moyenne des heures d’ensoleillement varie entre 2.000 heures à Conakry et 2.700 heures à Kankan, en Haute Guinée. « Ces chiffres prouvent à suffisance que le solaire est important en Guinée », ajoute M. Diallo.

Les vitesses moyennes annuelles des vents observés en Guinée maritime et en Moyenne Guinée sont comprises entre 2 et 4 m/s. Les sites susceptibles d’être équipés en éoliennes sont les îles, les zones côtières.

Tous les projets réalisés dans le domaine des ENR, précise le patron du PERD, l’ont été entre 1980 et 2002. « La photovoltaïque est incontestablement, selon lui, le programme le mieux réussi en raison de l’importance du parc photovoltaïque et de l’expérience acquise ».

Une solution aujourd’hui réservée aux nantis

Le secteur de la Santé vient en tête des installations avec comme priorité l’éclairage et la réfrigération des centres de Santé et des hôpitaux préfectoraux. Il existe plus de 350 centres de Santé ou dispensaires et une centaine d’hôpitaux en Guinée, dont la plupart sont situés en milieu rural et sont dépourvus d’énergie électrique et d’eau courante.

L’éclairage des salles de soins nocturnes pour les diverses interventions dans ces localités se fait à l’aide de lampes à pétrole. Les besoins en électricité des centres de Santé et le dimensionnement d’un générateur solaire photovoltaïque sont définis par l’importance des fréquences (forte, moyenne ou faible) et sont compris entre 200 et 800 Wh/j.

Un seul module de 55 WC, qui coûtait près de 5.000 dollars US en 2000, permet de desservir les besoins en éclairage d’un centre de Santé rural de faible importance, tandis qu’il faut cinq modules de 55 WC pour couvrir les besoins d’un centre de Santé amélioré situé en périphérie d’une agglomération.

« Un seul panneau solaire de 55 WC permet d’assurer le fonctionnement de trois lampes fluo compactes ou de réglettes fluo quatre heures le soir. Si l’on rajoute des utilisations de matériel vidéo et audio, il faudra au minimum trois panneaux solaires de 55 WC », explique M. Diallo.

Les besoins en eau sont assurés par des pompes à motricité humaine (manuelle ou pédestre) situées à l’extérieur du centre de Santé et sont souvent éloignées. Quant aux pompes à courant continu, elles sont alimentées en courant électrique à partir d’une batterie rechargée à l’aide d’un ou plusieurs panneaux solaires. Un régulateur contrôle la charge et la décharge de la batterie.

L’eau pompée pendant les six à huit heures d’ensoleillement quotidien est stockée dans un réservoir surélevé pour desservir les utilisations.

En Guinée, seuls quelques particuliers nantis procèdent à l’installation du solaire à domicile. Selon Amadou Diallo, commerçant, son dispositif, qui a coûté 2.500 dollars US, lui assure l’éclairage du domicile avec une dizaine d’ampoules, le réfrigérateur, la télévision, le climatiseur, entre autre pendant huit heures. Les batteries sont rechargées automatiquement au retour du courant électrique sur le réseau.

Le patron du PERD reconnaît que le coût du solaire n’est pas accessible à tous. Ainsi, il plaide pour une défiscalisation des équipements comme c’est le cas au sein du Comité inter-Etats de lutte contre la sécheresse au Sahel (CILSS).

Cet organisme sous-régional a mis en place une politique commune de vulgarisation de l’énergie solaire dans ses neuf pays membres, qui baissent les impôts sur les équipements importés.

Outre le coût particulièrement élevé de l’investissement photovoltaïque pour une famille modeste, le PERD considère que l’absence d’un environnement technologique en zone rurale fait peser un risque sur la pérennité de l’électrification.

Dans le cadre d’un programme pluriannuel, mis en place par le gouvernement et la Banque mondiale, deux préfectures de la Moyenne Guinée, soit 1.000 ménages, seront dotées prochainement de l’énergie solaire pour environ 1 milliard de Francs guinéens (1 dollar US = 4.800 FG).

Les pouvoirs publics souhaitent privilégier la solution du solaire, qui reste « celle de l’avenir », celle qui permettra peut-être à Mamady Alpha, de se délecter des performances des athlètes aux prochains Jeux Olympiques. Ceux de Londres, en 2012.

Par Aly Coulibaly

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