Le sida en Afrique : deux pas dans la bonne direction

En Afrique, la bataille contre le VIH/sida n’est pas encore gagnée. Mais on note quelques bonnes nouvelles depuis peu : une baisse importante du nombre de nouvelles infections en Afrique au sud du Sahara et un changement majeur de politique en Afrique du Sud, le pays le plus affecté par la pandémie. Dans cet article, Afrique Renouveau évalue ces nouveaux développements positifs et fait l’inventaire des défis qui restent à relever.

Même si la bataille contre le VIH/sida est encore loin d’être gagnée en Afrique, la baisse récente du nombre de nouvelles infections et de décès semble marquer un tournant. Dans un document publié fin novembre, le programme conjoint de l’ONU sur le VIH/sida (ONUSIDA) souligne que le nombre de nouvelles infections en Afrique subsaharienne a baissé de 25 % depuis le milieu des années 1990. L’épidémie, poursuit le rapport, aurait atteint son niveau maximal en 1996.

Selon ONUSIDA, cette baisse est principalement due au succès des programmes de prévention et d’éducation qui ont enfin commencé à changer les comportements des personnes à risque, parmi lesquelles les homosexuels, les travailleurs du sexe, les consommateurs de drogues et les jeunes femmes.

En Afrique du Sud par exemple, l’utilisation d’un préservatif lors des premiers rapports sexuels a doublé entre 2002 et 2008 (64,8 %). Parmi les pays les plus affectés par l’épidémie, le Zimbabwe, la Zambie et la Tanzanie ont tous enregistré une baisse constante des taux de nouvelles infections.

Les traitements destinés à prévenir la transmission mère-enfant ont eux aussi connu des résultats probants. Le pourcentage de femmes qui reçoivent ce traitement a été multiplié par cinq entre 2004 et 2008 pour atteindre 45 %.

“Le nombre de nouvelles infections par le VIH et de décès causés par le sida baisse en Afrique subsaharienne” confirme M. Sidibé, Directeur général d’ONUSIDA. “La chute du nombre d’infections est le résultat des effets positifs d’une action de prévention ‘combinée’ du VIH,” une approche qui associe l’éducation du public, l’accès à des préservatifs et à d’autres méthodes de prévention. C’est aussi le résultat de l’affaiblissement des pratiques discriminatoires et des préjugés, ainsi que de la promotion de comportements sexuels plus responsables.


Changement de cap en Afrique du Sud

Les changements majeurs de la politique sud-africaine en matière de VIH/sida sont également encourageants. En décembre, le Président sud-africain Jacob Zuma a pris la parole à Pretoria, la capitale, devant une foule enthousiaste et marqué la Journée mondiale de lutte contre le sida en promettant de “déployer tous les efforts, mobiliser toutes les ressources et utiliser toutes les compétences que notre pays possède” pour contrer les progrès de l’épidémie.

M. Zuma officialisait ainsi une rupture définitive et bienvenue avec la politique et les déclarations controversées de son prédécesseur, Thabo Mbeki. Les doutes exprimés en public par M. Mbeki sur les causes de la maladie et sur l’innocuité des médicaments antirétroviraux ainsi que sur leur efficacité thérapeutique avaient contribué, selon nombre d’observateurs, à faire de l’Afrique du Sud le pays du monde possédant le plus grand nombre de personnes infectées.

Le discours prononcé par M. Zuma par à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida a été renforcé par l’annonce qu’à partir d’avril 2010, les services de santé publique élargiraient leurs programmes de traitements aux enfants séropositifs en bas âge. Le traitement pour prévenir la transmission du virus de la mère à l’enfant à la naissance serait offert plus tôt, de même que celui des patients atteint en même temps par le sida et la tuberculose, conformément aux recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Ces nouveaux engagements font suite à ceux qui avaient été pris quelques semaines auparavant afin de réduire de moitié le taux de nouvelles infections par le VIH et de fournir des traitements antirétroviraux à au moins 80 % des personnes dans le besoin.


Accès aux traitements et autonomisation des femmes

Malgré ces progrès, relève Michel Sidibé, les taux d’infection en Afrique subsaharienne restent cinq fois plus élevés que dans les autres régions du monde. “L’épidémie du sida continue à évoluer. Il faut faire beaucoup plus pour arrêter sa progression. Il faut que les États adoptent une approche préventive qui cible les personnes les plus à risque.”

Le récent rapport d’ONUSIDA insiste lui aussi sur ce point. Malgré la baisse du nombre de nouvelles d’infections, l’Afrique compte encore la majorité des personnes avec le virus à travers le monde, ainsi que 36 des 50 pays où leur nombre dépasse 1 % de la population totale. Les neufs pays où le taux d’infection par le VIH est supérieur à 10 % sont africains, comme le sont plus de 90 % des bébés nés avec le virus. Le nombre de nouvelles infections dépassant largement celui des personnes qui obtiennent un traitement antirétroviral, les programmes de prévention et de traitement restent largement en dessous des besoins, note ONUSIDA.

M. Sidibé note que la clé du succès à long terme en Afrique réside dans la réduction des taux d’infection parmi les femmes, qui constituent 60 % des victimes africaines du VIH. “Les inégalités entre les sexes, les violences sexuelles, les conflits et la pauvreté aggravent souvent la vulnérabilité des femmes au VIH. Protéger les femmes contre l’infection par le VIH et traiter celles qui sont séropositives peut stopper l’épidémie”, plaide-t-il.

Cependant, les profondes inégalités économiques et sociales, ainsi que divers préjudices dont sont victimes les femmes rendent particulièrement difficile la lutte contre les dimensions genre de la pandémie. M. Sidibé accueille ainsi avec satisfaction l’annonce de la création d’une nouvelle “super-agence” des Nations Unies rassemblant sous une direction unique les nombreuses activités menées en faveur des femmes. “Nous espérons, conclut-il, que la création d’une nouvelle agence des Nations Unies pour les femmes permettra de remédier à l’inégalité entre les sexes et de promouvoir les droits des femmes et des filles, en particulier en Afrique. ONUSIDA collaborera étroitement avec la nouvelle agence pour faciliter l’accès des femmes à la santé et au développement et pour fournir des services cruciaux de santé maternelle et infantile à l’échelon local.”

Par Michael Fleshman, pour Afrique Renouveau, une publication de l’ONU.