Le sang du nomade

Après le film  » Un homme sans l’Occident « , sorti en janvier dernier, il faut découvrir le livre. Le photographe (et réalisateur) Raymond Depardon y offre des photos magnifiques mises en valeur par une mise en page sobre et c’est un régal de suivre Alifa le chasseur au milieu des dunes du Sahara…

L’homme sans l’Occident, c’est Alifa, chasseur au Sahara au début du XXème siècle. Enfant, il réchappe, avec son père et son oncle, d’une expédition de pillards, appelée  » rezzou « . De leur fuite dans le désert, il sera le seul survivant, recueilli par une tribu de chasseurs. Vingt ans plus tard, Alifa a grandi. Les Nçara (les Français) avancent inexorablement, demandant l’allégeance, tissant des liens avec les tribus. Celle d’Alifa refuse de se soumettre aux  » infidèles  » blancs et décide de s’enfoncer dans les sables, cette région  » où l’eau est rare et salée « .

Alifa ravitaille son clan avec d’autres chasseurs mais bientôt, cette activité lui pèse. Lui,  » l’errant, l’homme sans famille et sans racines « , a envie de frisson, il veut participer à un rezzou.  » En lui, le sang du nomade prend sa revanche sur le sang du chasseur « . L’aventure se présente sous la forme de traces : celles d’hommes à bout de force, mourant dans les dunes. Alifa sauve le fils du Derdéï, se retrouve dans sa tribu et marie sa fille.  » Quelques jours plus tard, un rezzou est prêt à partir. Alifa est le nouveau guide.  »

Visions du désert

 » Un guide n’est pas seulement un homme qui peut atteindre tel point connu, mais un animal plein de ressources que rien n’étonne et auquel tout indice est précieux. Un animal toujours en quête.  » Alifa est bon guide mais son courage et sa perspicacité n’empêchent pas son groupe d’être cerné par les Nçara. Alifa réussit à s’enfuir.  » La chasse, les rezzous, pour lui, c’était fini. Sa femme l’avait traité de bon à rien. L’étreinte des infidèles s’était resserrée.  » Cette histoire est racontée dans Sahara, un homme sans l’Occident (éditions de L’Harmattan) par Diego Brosset, jeune lieutenant engagé dans l’oeuvre coloniale.

Raymond Depardon et Louis Gardel ont transformé le livre du militaire en scénario et leur film, Un homme sans l’Occident, est sorti en France le 15 janvier dernier. L’ouvrage qui s’y rapporte, paru aux éditions du Seuil, a été conçu à partir des photogrammes et du texte du film. Le résultat est magnifique : un format à l’italienne sobre, vêtu de noir et blanc. Les mots suivent les images. Les images complètent les phrases, les prolongent, les dépassent. Les photographies de Raymond Depardon se déclinent dans toutes les nuances de gris, évanescentes comme un mirage ou violemment contrastées. A l’image du désert. Un livre tour à tour amer, doux et sucré comme les trois thés servis par les nomades. A déguster lentement.

Commander le livre: DESERT, Un homme sans l’Occident de Raymond Depardon, éditions du Seuil.